Dans un article au titre allégorique, « Référendum du 20 mars : Le Jour d’Après » (L’AS du 04/03 et d’autres journaux), le journaliste, chroniqueur et politiste, Yoro Dia, invite les Sénégalais, c’est-à-dire nous tous, à substituer aux polémiques politiques, épuisantes et contreproductives –surtout autour de l’armature institutionnelle de notre système démocratique-, ce qu’il appelle les « Polémiques économiques ». Ces polémiques qui nous passionnent tant autour du perfectionnement de nos institutions nous ont menés à cette rude campagne pour ce référendum du 20 mars, enjeu politique majeur à incidences potentiellement capitales à nos yeux. Or, selon cet analyste bien connu et apprécié du microcosme politico-médiatique, au lendemain de cette consultation, que le « Oui » ou le « Non » l’emportent, l’impact institutionnel « ne sera pas déterminant ». Car, soutient Yoro Dia, et on peut être d’accord avec lui sur ce point, notre système démocratique fonctionne bien qui a permis deux alternances en douze ans ; et nos institutions, quoique perfectibles, sont solides, parce qu’elles ont bien encadré les évènements ayant menée ladite démocratie sur cette voie des alternances par les urnes, transparentes et pacifiques.

« Nous sommes le seul pays au monde, souligne l‘analyste, capable d’élire un président de la République et de l’installer une semaine après, et de lui faire présider le défilé [de la fête nationale] dans la foulée ». Tout cela soulignons-nous, pour notre part, avant que le débat sur la réduction du mandat n’occupe le devant de la scène politique, étouffant au passage, comme une gangue, tous les autres chantiers : culturels, économiques, éducatifs, sociaux (santé, pauvreté grandissante, chômage endémique) autour desquels, du Président de la République au dernier des palefreniers, nous devrions tous nous mobiliser entre deux élections ; sans que même ces dernières ne nous en distraient totalement.

Or, voici qu’un référendum dont l’unique enjeu est de doter notre armature institutionnelle, qui déjà fonctionne bien, d’outils supplémentaires pour son perfectionnement ameute la République comme si sa survie en dépendait. Bien sûr, personne n’est dupe, les enjeux qui excitent tant la classe politique sont purement politiciens en regard de l’esprit de transcendance qui devrait habiter tout le monde face à ce qui, certes, « ne sera pas une révolution » au plan institutionnel (j’en suis d’accord avec Yoro Dia), mais fera faire un pas en avant à nos institutions. Ainsi le rappelais-je en conclusion de ma dernière chronique : « C’est comme ça et pas autrement, un pas devant l’autre, que les USA, la Suisse, La France, etc., sont devenus [des] démocraties … Des démocraties majeures où les institutions, imparfaites comme les nôtres -parce qu’il n’en existe pas d’irréprochable dans le monde-sont placées au-dessus de tout.

Or, pour paraphraser Ousmane Tanor Dieng, « Rien que la limitation des mandats et l’intangibilité de cette disposition valent un référendum » (L’Obs du 07/03). Et c’est ici qu’il faut peut-être nuancer l’analyse de Yoro, et se dire qu’au moins ça nous épargnera, dès « Le Jour d’Après » référendum du 20 mars ces débats interminables qui ont pollué toutes nos autres préoccupations, pendant quatre bonnes années. Reste l’enjeu à fort relent politicien qui s’est invité dans cette consultation, devenue pernicieusement un test de popularité pour le régime en place, une répétition générale avant la présidentielle de 2019. Et celui-là, c’est au Président Macky Sall d’y faire face, qui semble en avoir pris l’exacte mesure, en se portant personnellement en tête de la campagne pour le « Oui », et en invitant, si solennellement, au King Fahd, ses alliés, partis et coalitions de partis, à le suivre sur le champ de bataille.

Post-scriptum

KHALIFA SALL, LES ECHECS, TALLEYRAND

Nous avons toujours prôné que les velléités de dissidence de Khalifa Sall et de Aïssata Tall au Ps soient gérées avec mesure… Nous sommes donc fort aises de relever que, dans ce duel à fleuret moucheté que le maire de Dakar avait engagé avec le Secrétaire général du Parti socialiste, l’édile de la capitale vient de commettre, avec les événements du week-end à la Maison du Ps, carrément une faute. C’est-à-dire, selon Talleyrand, comme me le rappelais hier, peu avant que je ne boucle ce papier, un doyen dans la profession, « plus qu’un crime ». La parole était bien entendue rapportée à la politique. Et justement, Khalifa Sall, en s’engageant dans la voie qu’il a choisie depuis « Takhawu Dakar », est en plein dans la politique, mais un genre auquel il n’est peut-être pas aussi familier qu’avec la quotidienne : la Haute politique. Celle-ci est une partie d’échecs, c’est-à-dire un exercice de stratégie, épreuve de patience et d’intelligence, un jeu ouvert qui requiert une pensée puissante, mais calme.

Et au jeu d’échecs, et ce devrait être en tout, c’est avant l’action qu’on réfléchit et non après…

Après les violences de samedi, Khalifa Sall s’est absenté du BP du lendemain, dimanche. De jeunes confrères me disaient hier, lundi, que c’est parce qu’il avait voyagé. Un voyage bien opportun, assurément ! Pour « réfléchir » certainement ? Et revenir –gageons-le- condamner avec énergie, en tout cas s’en démarquer, les incidents « d’un autre temps » – a dit Serigne Mbaye Thiam face aux journalistes – de ce Samedi qui feront date dans la carrière du maire de Dakar, et certainement pas pour son bien. Le « d’un autre temps » de Serigne Mbaye Thiam n’est pas fortuit, il aurait pu ajouter : « Suivez mon regard… ». Et ce serait vers les heures sombres des MJUPS et autres calamiteuses histoires de violences au Ps qui collent comme une teigne au blason de Khalifa Sall (ainsi qu’en rappelait un épisode, il y a peu, le maire de Guédiawaye, militant de l’Apr, Aliou Sall).

Si jamais, le maire de Dakar arrivait à convaincre un chat (une véritable gageure, convenons-en) que ce ne serait pas lui qui aurait commandité les violences en question, mais que ce serait le fait, disons, des « ultras » parmi ses partisans, les puristes comme Talleyrand lui reprocheraient toujours d’avoir commis « plus qu’un crime, une faute » pour avoir gardé de tels « ultras » auprès de lui, et surtout pour ne pas les avoir empêché de franchir le Rubicon. Parce que la faute, elle, (perturber par la violence un bureau politique de son parti, violenter ses responsable) est consommée.

Or, c’est aussi connu que le mot de Talleyrand : « En politique, les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées, mais les fautes, elles, se payent toujours. » Et cash…