Tangana sur Tefes d’Abdarahman Ngaïdé

UNE BALLADE LITTÉRAIRE ENTRE NOSTALGIE ET FANTAISIE

Amadaou Elimane Kane 

 

Historien et écrivain prolifique, Abdarahmane Ngaïdé s’empare de tous les genres littéraires pour produire une œuvre singulière dont la stylistique navigue entre métaphysique, matérialité, historicité et poésie.

Pour ce nouvel ouvrage, Abdarahmane Ngaïdé nous convie à une promenade sénégalaise entre imaginaire, causeries et réalité. Sur les rives escarpées de la mémoire, du souvenir qui s’échappe et du présent, l’auteur prend des chemins de traverse qui se révèlent féconds et profondément évocateurs.

Cette balade littéraire commence par une cartographie de la nature qui, par sa seule puissance, est un objet de rêverie, de romanesque et de fougue. Cette balade impromptue est aussi un hommage à la réminiscence de l’enfance, ce royaume disparu, où les images, les couleurs, les odeurs sont si vivaces qu’elles nous habitent en permanence sans que nous parvenions réellement à les faire revivre. Ainsi, elles reprennent chair sous la plume de l’auteur, à l’aide de ces mots qui reconstruisent un monde géographique à la fois personnel et universel, à la fois enfui et à la fois vivant.

Car les images du promeneur philosophe qui observe sont aussi celles de notre mémoire collective. Elles appartiennent à notre histoire, elles constituent un récit familier fait de notre culture, de nos sensations aux paysages, de nos liens sociaux, de nos codes linguistiques, de notre pensée africaine, de nos valeurs fondatrices. Une nature et une culture qu’Abdarahmane Ngaïdé semble vouloir préserver malgré le temps qui passe. Car d’un monde disparu, on perçoit déjà les contours d’un monde qui renaît avec ses transformations mais inexorablement bercé par les traces anciennes et ancestrales. Ainsi le temps se transforme en une frise mouvante sans début ni fin.

Abdarahmane Ngaïdé nous propose une littérature exploratrice véritablement créative, toute en surprise, au détour des chemins et des fracas de l’océan, de la terre qui craquèle mais qui se régénère sous les pas du marcheur. C’est une promenade philosophique qui est en observation et qui pose un regard sur un monde en voie de disparition et sur les prémices du renouveau qui s’annonce.

C’est aussi un témoignage de la vie qui palpite, qui s’en va mais dont les vagues refluent sur les plages et les rochers. La corniche de Dakar est le théâtre de cette exploration vivante et vivifiante cadencée par un quotidien tendre, nostalgique et drôle.

Ainsi de cette expédition minuscule, Abdarahmane Ngaïdé en fait un voyage culturel qui ouvre les horizons de la vie dakaroise. La nature, la culture, la gastronomie, les dialogues des petits travailleurs ou encore ces déchets, objets oubliés et fracassés, qui se recyclent à l’infini dans le temps qui défile.

Ainsi Abdarahmane Ngaïdé marche sur un terrain pluriel, celui qui invite à un voyage poétique et à la douce matérialité de l’existence. C’est aussi un témoignage sensible de la profondeur de la culture africaine qui met au centre le récit de notre terre ancestrale, par des traditions transmises au fil des siècles, par la solidité de son altérité et par la continuité de ses dialogues cosmogoniques.

Ainsi le promeneur philosophe et poète Abdarahmane Ngaïdé nous entraîne savamment dans son sillage comme une promesse de renaissance sur nos terres de sagesse.

    Amadou Elimane Kane, écrivain poète, enseignant et chercheur en résidence au sein de l’académie de Paris

(Tangana sur Tefes, Abdarahmane Ngaïdé, littérature, éditions L’Harmattan, Dakar, 2019)