10/02/2019

Sonko et Abdoulaye Wade 

 Un flirt à gros risque

Par Pape Samba Kane

"Il prête des serments, dicte des lois sublimes,
Terrasse les méchants, relève les victimes
Et sous le firmament comme un dais suspendu
S'enivre des splendeurs de sa propre vertu."
C. Baudelaire

La visite du leader de « Pasteef : Les patriotes » chez Abdoulaye Wade a quelque-chose, sinon de l’acte inconsidéré, de la prise de risque irréfléchie. Or Ousmane Sonko, une sorte de premier de la classe de toujours, présenté comme un surdoué académique, même s’il est un néophyte en politique, est tout sauf un naïf, pour n’en pas comprendre les codes les plus élémentaires depuis quand-même, au bas mot, trois ans qu’il la pratique.
Le choix qu’il avait fait de se tenir à distance de ce qu’il a qualifié de « système » politicien et mafieux, quand il décida de se lancer dans cette arène – tout de même – n’était pas un choix fortuit, on peut le croire. Car, il ne lui a pas fallu deux ou trois ans pour se retrouver dans une position d’acteur majeur d’une compétition électorale présidentielle, la plus chargée en enjeux de toutes celles qui l’ont précédée ces trente dernières années.
Le vent en poupe lors qu’on apercevait de loin cette échéance, conscient que sa démarche consistant à stigmatiser, dans sa globalité, la classe politique traditionnelle additionnée de dénonciations tous azimuts de la mauvaise gouvernance l’avait porté aux sommets de la popularité ; principalement sur les réseaux sociaux, mais en dehors également, dans une certaine mesure, le leader de Pasteef-Les patriotes s’était lancé dans un numéro politique acrobatique extrêmement risqué, en suggérant (il avait fait plus que suggérer d’ailleurs) qu’il faudrait fusiller tous ceux qui avaient dirigés ce pays depuis son indépendance. Et que cela « ne serait même pas un péché » …

Sonko haut la main … où des caciques
du landerneau politique
se cassèrent les dents

Cette sortie hérétique dans le contexte historique d’un Sénégal sur une trajectoire politique, sociale et économique, certes imparfaite, mais enviable par la régularité de sa progression pacifique vers la maturité républicaine, laïque et démocratique, ne lui avait valu la réprobation, quelque peu timide d’ailleurs, que de cercles au cœur ou à la périphérie d’un pouvoir dont il s’était fait la bête noire. Ses plus chauds partisans en furent même un peu plus mobilisés autour de son projet global, conscients, certes, pour certains d’entre eux, que ce n’était là que surenchère, d’ailleurs de bonne guerre, sinon pour les plus fins parmi eux, une maladresse qu’il fallait vite faire oublier.
Ils y arrivèrent d’ailleurs assez facilement, Sonko continuant son ascension politique sans coup férir, jusqu’à cette sorte d’apothéose que furent pour lui l’épreuve du parrainage, qu’il passa haut la main, là où des caciques du landerneau politique se cassèrent les dents sévèrement. Ce garçon qu’on connaissait souriant certes, eu ce jour-là où il annonçait son passage de l’épreuve, un sourire d’une béatitude enfantine. L’Homme était sur un nuage et se tint loin des grincheux protestataires du « C25 », recalés. A raison d’ailleurs, parce que ce « C25 » lui-même connut une débandade subite, chacun, selon ses oracles ou contre quelque avantage promis, négocié ou espéré, courant s’abriter sous les ailes d’un des heureux récipiendaires du sésame de candidat ; cinq bienheureux dont il est le plus jeune et le plus politiquement « vierge ». Sa popularité en prit, là aussi, un surplus d’altitude.

La campagne électorale
épreuve de vérité par excellence

Déjà, son ciel jusque-là dégagé, commença à voir surgir quelques nuages, Benno et son candidat, Macky Sall raflèrent les premiers gros morceaux, Idy les seconds et Sonko, du trio donné favori, eut la portion congrue de ces recrutements de recalés.

Et puis la campagne électorale démarra, épreuve de vérité par excellence –épreuve politique, épreuve financière, épreuve physique, épreuve de popularité réelle (où les médias ne sont plus que les relais de la réalité du terrain)… – cependant que les ralliements et recrutements se poursuivaient. Là, Idrissa Seck rattrape Benno et son candidat et pêche en haute mer, comme eux, de gros poissons, il rafle même le plus gros, potentiellement : Khalifa Sall ; parce qu’il est suivi par un gros ban … Conséquence immédiate, et sensible pour tout observateur attentif, la place de challenger principal du champion en titre, que Sonko occupait dans le l’imaginaire populaire – qui relève seulement d’un « air du temps » politique-, lui est sérieusement disputée, voire carrément ravie par Idrissa Seck, selon bien des observateurs entendus dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Et là, forcément nichent les raisons qui ont fait courir le patron de Pasteef chez Wade. Certes, les explications qui puisent dans la Morale, sinon dans notre culture sénégalaises, que donne Ousmane Sonko de son geste au sortir de sa rencontre avec Wade sont parfaitement recevables humainement ; mais politiquement ?
Politiquement, l’objectif est clair. Reprendre ce terrain perdu devant Idrissa Seck, certes par un biais qui jure avec sa doctrine. Et ce n’est que compréhensible, politiquement, mais à la surface seulement, car il court le gros risque de jeter le désarroi dans ses troupes, voire d’en perdre des éléments –ce qui se vérifie depuis hier sur les réseaux sociaux- en plus d’écorner son image de rebelle au système – qui lui vaut sinon l’adhésion, au moins la sympathie automatique des jeunes gens-, pour rien ou presque rien de gain électoral. Car, il n’est pas évident que Wade puisse s’être jeté dans cette arène sans y avoir été invité, sans candidat, un peu comme un cheveu dans la soupe, endosser le rôle de trouble-fête, à son âge, pour s’y tenir comme un poisson à pêcher par quiconque.
Le vieux squale politique à d’autres projets, bien évidemment

Par Pape Samba Kane

Interview accordée à Adama Aïdara Kanté pour Vox Populi, au lendemain du décès d’Issa Samb, alias Joe Wakam
SALUT PUBLIC

Commentaire(1)

  1. Répondre
    comment Omar Ben Khatab

    Analyse très objective, toujours un plaisir de te lire #PSK

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But I must explain to you how all this mistaken idea of denouncing pleasure and praising pain was born and I will give you a complete account of the system, and expound the actual teachings of the great explorer of the truth, the master-builder of human happiness. No one rejects, dislikes, or avoids pleasure itself, because it is pleasure, but because those who do not know how to pursue pleasure rationally encounter consequences that are extremely painful. Nor again is there anyone who loves or pursues or desires to obtain pain of itself, because it is pain, but because occasionally circumstances occur in which toil and pain can procure him some great pleasure. To take a trivial example, which of us ever undertakes laborious physical exercise, except to obtain some advantage from it? But who has any right to find fault with a man who chooses to enjoy a pleasure that has no annoying consequences, or one who avoids a pain that produces no resultant pleasure?