Projet de société

Par Mamadou Sy Albert

L’Ombre du Président- poète plane sur la Présidentielle de 2019

La campagne électorale touche à sa, plus quelques jours ! Durant trois semaines, cinq candidats- Présidents auront sillonné le Sénégal. Ils auront décliné les programmes électoraux, les ambitions, les intentions et les prétentions. Le projet de société demeure le chaînon manquant de l’âme politique durant le contact avec les populations et les temps d’antennes à la télévision, comme dans les comptes rendus de la presse.

Etre président de la République du Sénégal au soir du 24 février 2019 ! C’est l’ambition des cinq candidats. Elle est noble. Elle est ambitieuse. Ils se sont soumis aux règles et aux règlements en vigueur. Tous des républicains … Ils ont décliné sous des formes variées leurs programmes électoraux. La politique et l’économie constituent une charpente commune.

Ce sont les deux axes centraux portant des options programmatiques touchant d’un côté, à l’exercice du pouvoir étatique. D’un côté, le fonctionnement des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et de l’autre, le volet économique. Ce dernier se déclinant à travers la gestion des ressources publiques suivant des modalités libérales, patriotiques et démocratiques et un partenariat entre le public et le privé.

Au-delà les approches des gouvernances politiques et économiques des candidats-Présidents, force est de souligner l’absence d’un projet de société ample. Les candidats en lice ont mis singulièrement en relief des valeurs morales, des valeurs éthiques et le type de sénégalais à construire. Evidemment, on ne peut évacuer les valeurs et le type de citoyens à former du projet de société.

Toutefois, le projet de société ne se réduit pas aux valeurs promises. Le projet ne se confond pas non plus aux valeurs. Le projet de société englobe certes des valeurs. Il est une vision globale et des objectifs à atteindre. C’est ce que le candidat ou l’homme politique souhaite et qu’il décline durant le temps d’une campagne électorale en le soumettant aux citoyens électeurs et au peuple, le seul souverain en démocratie.

Tout laisse croire que l’ombre du Président-poète plane encore sur le Sénégal des politiques. Et la campagne présidentielle en cours laisse percer, entre les lignes des discours, une difficulté de conception d’un projet de société pour le Sénégal d’aujourd’hui et de demain. Le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor a eu le mérite de penser le Sénégal post- colonial. C’est son projet de société. Il l’a inscrit dans un ancrage dans ses valeurs africaines et sénégalaises (Jom, Kersa, etc…) et son ouverture au vent fécondant de l’universel. A ce titre, le modèle senghorien de société démocratique et socialiste portant une gouvernance politique pluraliste, une gouvernance économique et un plan de développement à court, moyen et long terme autour du système éducatif, de l’agriculture, de l’industrie a porté l’Etat Sénégal jusqu’ici. L’organisation et la méthode ont été hissées au rang de mécanismes dynamiques de fonctionnement de l’Etat central, de ses démembrements.

Le Sénégal post- colonial a hérité de ce modèle. Entre le départ du président-poète au début des années 1980 à nos jours, ce modèle est resté et reste l’unique référence en termes de véritable Projet de société. Trois présidents de la République se sont succédé à la tête du pays. Aucun de ces Présidents n’a réussi à remodeler la société sénégalaise.

Evidemment, le Sénégal a changé au fil de son histoire. Le multipartisme intégral est passé par là. Deux alternances politiques aussi sont passées. On mijote une troisième alternance, aujourd’hui par les urnes, ou demain par l’épuisement légal des mandats de l’actuel président. Pourtant, le projet de société fait encore défaut. Dans le meilleur des cas, on a réformé la Constitution, l’Administration, les Collectivités locales. On a aussi, de temps en temps, introduit des réformes économiques et financières.

Les fondements de la société sénégalaise tels que définis et laissés par le Président Léopold Sédar Senghor demeurent par contre permanents. Est-ce à dire que l’horizon du président Senghor est indépassable par les présidents de la République qui ont succédé au poète ? Il faudra peut- être interroger les capacités des acteurs politiques à penser la société sénégalaise réelle et à trouver le chemin susceptible de mener vers de nouveaux horizons politiques dans un monde en pleines mutations.

Le Président-poète avait senti se dessiner, dès le début de la mondialisation aveugle, les conséquences de la crise sur la société sénégalaise. Il n’a cessé du reste de dénoncer la détérioration des termes de l’échange entre le Nord et le Sud. La culture qui est au début et à la fin du développement pourrait peut-être servir de levier idéologique aux hommes et femmes politiques aspirant à diriger le Sénégal. Sans nul doute, c’est par la culture politique que le Projet de société renaîtra.

Mamadou Sy Albert