LES  ÉPREUVES DE LA FEUILLE DE  ROUTE DE KHALIFA ABABACAR SALL

Khalifa Ababacar Sall a été libéré trois jours après la réconciliation entre le Président de la République, Macky Sall et son prédécesseur, Abdoulaye Wade. Une réconciliation  scellée par le Khalife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké.  Khalifa Ababacar Sall, devra, à partir de maintenant, faire face à des épreuves politiques multiformes. Il devra rebâtir son ambition nationale, sa stratégie de conquête du pouvoir et choisir des hommes et des femmes capables de l’accompagner dans une mission passionnante, difficile et complexe.

Quand un homme politique sort de prison, il retrouve naturellement ce qu’il n’aurait  jamais dû perdre, à savoir, la liberté de penser, d’agir et de se mouvoir librement dans les espaces publics et privés. Cette joie de retrouver la liberté  qui fait l’acteur d’un jeu démocratique se conjugue à une épreuve intérieure importante dans la vie du  responsable politique socialiste.

 LES ENJEUX D’UNE INTROSPECTION CARCERALE

Il devra procéder à  son introspection personnelle. Un exercice à la fois psychologique et politique. L’ancien maire de Dakar devrait  ainsi faire un travail psychosocial en profondeur sur lui-même, sur son séjour carcéral,  les raisons véritables de son emprisonnement et son état de santé physique et morale. Les grands hommes sortent de prison plus aguerris en fonction de leurs capacités à surmonter cette épreuve psychologique et politique redoutable mentalement, et les effets souvent dramatiques d’un emprisonnement jugé arbitraire, injustifié et absurde par des pans entiers de leurs compatriotes.

La prison fait partie, malheureusement, des épreuves potentielles de la vie  de tout responsable politique acceptant de mener la lutte au nom d’un idéal de justice sociale et de valeurs républicaines. L’Afrique reste encore un des continents où l’engagement politique se marie à un coefficient de risques de privation de liberté souvent très élevé. Le Sénégal constitue d’ailleurs, un cas fort intéressant en dépit des progrès autoproclamés de la démocratie pluraliste au cours de ces dernières décennies.

LE REVE BRISE DU CANDIDAT- PRESIDENT

L’histoire personnelle de l’ancien chef de l’opposition sénégalaise, Me Abdoulaye Wade  et les atteintes récurrentes aux libertés publiques sous le règne de la seconde alternance, témoignent des risques réels d’emprisonnement des adversaires du régime et de l’instabilité chronique de la démocratie sénégalaise. La démocratie est une œuvre qui n’est jamais achevée ou parfaite. Elle fait certes des progrès. Elle accuse aussi des retards et des reculs. Elle est ainsi, toujours, à consolider et à parfaire par ses principaux acteurs.

Khalifa Sall aura certainement l’énergie morale et physique et les ressources psychologiques pour franchir cette épreuve délicate d’un emprisonnement prévisible ou non. Il devra désormais rebâtir son ambition nationale. Cette dernière reste son enjeu majeur. Elle est  à l’origine de ses conflits personnels avec la direction du Parti socialiste, avec la coalition « Benno Bokk Yaakaar » et avec le Président de la République en exercice, Macky Sall.

Le rêve de devenir le Président de la République en février 2019 a été brisé par son emprisonnement de plus deux ans. Il devra retrouver de l’énergie mentale militante pour repartir sur de nouvelles bases politiques. La stratégie de la  conquête du pouvoir, le projet politique à construire  et l’équipe de travail  à constituer surgissent au cœur de cette libération de l’ancien maire de la ville de Dakar. L’avenir politique de l’ancien maire de Dakar dépendra  de ses  capacités à construire une nouvelle dynamique de relance de son ambition nationale.

UNE AMBITION, UNE EQUIPE A LA HAUTEUR DES ENJEUX POLITIQUES

La question des hommes et des femmes capables de former l’équipe de l’ancien maire, déjà candidat à la présidentielle de 2024, sera déterminante sur la feuille de route. Ce qui a fait apparemment défaut  à Khalifa Ababacar Sall au cours de sa lutte contre le Parti socialiste et le pouvoir républicain résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs. On peut noter l’absence d’un appareil  politique influent et d’une équipe technique capable de lire entre les lignes les pièges sur son chemin, les risques d’un terrain politique miné et de porter une ambition nationale politique dans un rude contexte de compétitions entre des ambitions que tout oppose.

Les  capacités d’anticipation de ses adversaires très expérimentés en matière électorale et de gestion des conflits de pouvoir ont également pesé sur le dénouement brutal d’un rapport de forces en faveur des adversaires du socialiste dissident. Le Khalifiste en chef et ses partisans devront intégrer les faiblesses politiques et organisationnelles de leur mouvance et la force sous- estimée à tort des gouvernants coalisés autour du pouvoir républicain depuis mars 2012.

Mamadou Sy Albert