Un peu d’antiféminisme pour animer la journée

PETIT POEME EN PROSE EN CONTREPOINT AU FEMINISME DU LANGAGE, DE LA LANGUE-MEME !

Le féminisme en lui-même est une avancée humaine. Bien entendu, chères sœurs, amies, amours, mères, collègues, inconnues qui passez votre chemin et que nous ne reverrons jamais peut-être, on vous aime, nous les hommes. On vous aime comme vous êtes, on vous aime en semblable humain, on vous aime différentes, comme vous êtes ; naturellement.

Nous n’avons pas toujours su vous le dire. Nous n’avons pas toujours su le faire bien, même. On vous aime ; certes. Mais on vous a fait porter tant de fardeaux ; parfois, au nom de cet amour même.

Hommes jusqu’au bout de nos massues de néanderthaliens, peut-être avant, sûrement avant ; jusque sous le pommier d’Eden avec le premier d’entre nous tous qui vous a fait croquer la pomme. Autant dire porter le chapeau !
Et hommes jusqu’au bout de nos ongles d’orteils mal entretenues, jusque sous nos aisselles à déodorant bon marché d’hommes d’aujourd’hui, vous nous avez supportés tant et tant d’ères : sous les orages, sous le soleil, fardeaux sur la tête, en bandoulière, portés sur vos dos jamais courbés pourtant.

Vous nous avez soufferts bêtes et méchants, sanguinaires, fauteurs de guerre, prétentieux escrocs, accaparant tout : la prophétie, la philosophie, la science-même ; et aussi les Arts.
Nous avons encombré de notre orgueil exclusif les allées de l’histoire humaine. Jésus, c’est nous, Moïse et Mohamed aussi…, Mais laissons Dieu hors de cette affaire. C’est à nous que vous avez eu à faire sur cette terre.
Pourquoi Socrate fut-il un homme ? En couple (en philosophie s’entend) il est avec Un Platon. Et lui, l’autre, Aristote ; et bien d’autres encore ? Masculins !

Et quand De Beauvoir émerge, Jean Paul, subversif, surgit et la submerge. Mon ami F. même prend la place ; mais, or, donc, pourtant P., sa femme, Prof elle-même, comme à l’ombre de chaque grand homme, sourit. Derrière ! Un couple d’intellectuels merveilleux ! Mais ils ne changeront pas ce monde si mâle ; ils n’en ont d’ailleurs pas vocation… Pardonnez-leur cette immixtion bien involontaire (à leur corps défendant, plus que sûrement) dans mon mono dialogue si équivoque, ambivalent.
Puisque vous aimant, et parce je vous aime tant, comme nous tous autres, je vais vous dire, mes sœurs et amies, une certitude définitive. Crue : vous devez laisser la grammaire (de Senghor ?) en dehors de vos légitimes révoltes.
Madame la ministre, voulez-vous qu’on vous nomme à la place de Madame le ministre ? Mais pourquoi ? Vous ne voulez plus être Chercheur comme tout le monde, comme tous les hommes (générique), mais Chercheuse ? Allons donc ! « Ma femme est une chercheuse », dis-je. Et l’autre, mon cousin sérère : ” Elle cherche quoi ?».
« Des histoires », pourrais-je répondre. Pour rire. Mais non !
Question parfaitement recevable. Je dis, alors : « Ma femme est un chercheur ». Tout le monde sait de quoi je parle…
Alors, voudriez-vous donc, désormais être médecine et non médecin, Mesdames ? Et puis quand vous êtes Docteur en droit. Comment voulez-vous que l’on vous appelle. Je n’ai jamais vu personne revendiquer Docteuse ou même le bon vieux mot Doctoresse, pour nommer ce titre.

Madame Hawa Bâ, Docteur d’Etat en Math. C’est si joli et, justement non discriminatoire. Tout à fait l’égal (si on veut, ici, l’égale) de monsieur Adama Bâ, Docteur d’État en Math. Sur n’importe quels plateaux de n’importe quelle balance, nous avons ici un parfait équilibre. Or donc, pour parler comme l’autre, mettez à madame Hawa une Docteuse ou une Doctoresse, vous rompez ce bel équilibre.

Et si vous sentez mon argumentaire hésitant, voire bancal, cela coule de source. C’est ce sujet même qui est bancal que de vouloir s’attaquer à une convention, le langage et ses codes, trop vite qualifiés de discriminatoires – et qui s’y colle, dérive, lui aussi.
Discriminatoires, les conventions, lois et règlements peuvent l’être, mais celles-là le seraient, qu’elles auraient des arguments parfaitement recevables pour bénéficier du doute devant le tribunal de l’histoire où vous voulez les assigner avec vos chercheuse, écrivaine, auteure, etc., que nous avons trop vite validé.
La première fois -il y a très longtemps- que j’ai entendu à la radio cette annonce : «Madame Sokhna Dieng est nommée Directeur de la Télévision nationale », j’ai eu le sentiment que cette dame était l’égale de tous les hommes qui l’avaient précédée au poste ; non parce qu’elle occupait le même poste, mais parce qu’elle portait, strictement, le même titre qu’eux : Directeur. Majuscule.

J’ai lu, je ne sais plus où, que « la sentinelle, qui est presque toujours un homme » souffrait bien d’être nommée au féminin. Sans parler de La Garde rapprochée, presque toujours composée d’hommes. Et ce n’est pas fini. Une étoile montante de la littérature, qu’elle soit un homme ou une femme n’est jamais qu’une étoile montante de la littérature.
Il n’y a pas de masculin pour dire une forte personnalité. Aucun homme ne s’en est jamais plaint. Ne soyez pas moins fair-play que nous ; vous êtes tellement plus fines.

A table, l’homme s’enorgueillirait d’être une fine fourchette. Allez au Far West, toutes les fines gâchettes sont des brutes d’hommes. Et les épéistes, hommes ou femmes, sont tous des fines lames, même s’ils officient aux sabres.

Et puis regardez tous ces jolis mots, valorisants et prestigieux que la convention indexée par vos soins a étiquetés féminin pour toujours : La Créativité, l’Imagination, la Poésie, la Gloire, l’Inspiration… La Force même est au féminin. Alors que les discriminateurs que vous soupçonnez d’avoir blousé le monde en inventant une convention valorisante pour eux et dégradante pour vous se sont quand même fait les destinataires exclusifs de mots particulièrement dégradants : imposteur ne connaît pas de féminin ; et il compte mille semblables avilissants exclusivement masculins, dans le dictionnaire.

Un repris de justice n’a pas d’équivalent féminin, et personne n’oserait pour le féminiser proposer cette hérétique appellation qu’est une reprise de justice. Un escroc est toujours masculin, parce que lui trouver un féminin serait désastreux pour l’oreille : escroche ?, escrocque ?
C’est le même souci de s’épargner des grincements de tympan que les maîtres du langage, ici de la langue française bien entendu, n’ont pas cherché de féminin à imposteur… Vous entendez-vous prononcer ce qui vient à l’esprit, en l’occurrence ? Non ? Bien entendu !
Je ne crois pas que les inventeurs du langage, du masculin et du féminin grammaticaux furent des comploteurs misogynes. Ils ont pu être distraits sur certaines questions ; en certaines matières, s’être laissé distancer par le monde tel qu’il marche. Mais ça, ça se règle par la science qui ne vous est pas étrangère, et non par un militantisme quelque peu pressé d’en découdre. Et puis, il n’y a pas d’adversaire, en face. Hommes baveux, escrocs et imposteurs que nous soyons, nous sommes, mères, vos enfants ; sœurs, vos semblables ; épouses et amantes, vos obligés…

Et voilà, les plus tendues parmi vous vont m’accuser de vouloir vous amadouer, vous endormir pour perpétuer le règne des hommes sur le monde. Ce malentendu date de la Pomme d’Eden. C’est vous qui l’avez mangée, mais c’est nous qui l’avons en travers de la gorge ! C’est normal qu’il y ait quelques querelles… Mais alors, que l’on vous aime !
Je sais, cela ne suffit pas ; mais continuons à chercher, ce serait à désespérer si nous ne trouvions pas l’harmonie d’ici au retour sous le pommier d’Eden…
PSK