WADE FAISEUR DE ROI …

 

La notion de « faiseur de roi » s’applique, en matière électoral, généralement, sinon presque toujours, lors du deuxième tour, au candidat le plus nanti en suffrages après les deux protagonistes restés en course, et dont le ralliement à l’un ou l’autre de ces derniers s’avèrera décisif pour son élection. Or, ici, si l’on en croit la tendance qui se dessine –  et qui fait exulter le camp du président sortant -, quand elle sera confirmée par les instances judiciaires habilitées, nous ne serions pas en situation de parler de « faiseur de roi ». Car l’affaire aura été pliée au premier en faveur de Macky Sall. Et si ce n’est pas grâce à Wade, il y aura contribué et volontairement.

Or …

0r, Wade ne faisant rien comme personne – on l’a vu avec sa subtile consigne de vote, objet de notre précédent « Clin d’œil » – il faut à chaque fois trouver un angle de tir pas toujours évident pour analyser et comprendre ses faits, ses gestes, ses paroles ; et même ses immobilismes, ses absences et ses silences. Et leurs conséquences sur la vie politique nationale. Cela nous fait revenir, pour mieux camper notre sujet d’aujourd’hui, à notre précédente chronique : « Wade vote Macky sans en avoir l’air … ». On l’avait noté, en donnant cette consigne bizarre : « Je comprends ceux qui voteront pour Idrissa Seck, Sonko ou Issa Sall », Wade dispersait exprès son potentiel électoral, ce qui ne serait peut-être pas arrivé si même il avait gardé le silence.

Or, voici ce qui est arrivé, évident comme un soleil de midi, Sonko et Idrissa Seck se sont neutralisés ici ou là, et ce fut toujours en faveur du candidat sortant, Macky Sall. Dans son fief, Thiès, où il a eu moins de difficultés que lors des deux dernières consultations, locales et législatives, ainsi que dans la ville de Touba, Idrissa Seck a fait un carton, avec Macky Sall en deuxième position chaque fois ; eux deux laissant Sonko assez loin derrière dans la Cité du Rail, et très loin derrière dans la Ville sainte. A Ziguinchor et Bignona c’est au Tour de Sonko de rafler la mise avec éclat, là aussi, Macky Sall s’intercale entre les deux, assez près de Sonko à Zig, un peu moins dans le Bignona ; dans les deux villes, Idy, troisième, est laissé loin derrière.

Mais c’est à Dakar, finalement – où contre les attentes de bien des observateurs, Macky Sall a fini premier, devant Idrissa Seck deuxième et Sonko troisième -, que l’on sent les effets prégnants de la dispersion des votes potentiellement wadistes, c’est-à-dire hostile à Macky Sall.  Dans la capitale, les votes aux Parcelles Assainies, à Khar-Yalla et Grand-Yoff constituent une mesure pertinente de cette neutralisation réciproque entre les deux challengers du candidat sortant. Quoique la composition sociologique (c’est un euphémisme volontaire) de ces circonscriptions eût pu faire penser à des scores électoraux importants de Sonko, l’éclatement du vote potentiellement hostile Macky Sall entre lui et Seck les a fortement pondérés. Et au vu des chiffres des uns et des autres, avec d’ailleurs avantage à Idrissa Seck, classé deuxième sur Sonko. Paradoxe, quand on convoque l’idée répandue voulant que le vote des jeunes, nombreux dans ces quartiers devait revenir au leader de Pasteef.

S’il fallait un argument pour ajouter de la pertinence à l’idée que Wade a bien pesé sur les résultats de cette élection, considérons les résultats de Madické Niang. Ridicules partout, y compris à Touba où tout le monde l’attendait. Il faudra me convaincre que l’anathème jeté sur lui par Abdoulaye Wade avec constance depuis l’annonce de sa candidature n’y est pour rien !

 PSK