LE CHAÎNON MANQUANT DE LA GESTION DE L’IMAGE DU SÉNÉGAL

Les conflits récurrents entre l’État et les organisations internationales de défense des droits humains et du développement au sujet de l’état de la gouvernance démocratique et économique posent la nécessité d’interroger les modes traditionnels de  gestion de l’image de l’État, de la démocratie et de la gouvernance  par le Chef de l’État et son gouvernement. Le mode étatique de gestion de l’image du Sénégal a atteint des limites réelles. Plus le gouvernement démentira  les résultats et les chiffres annoncés par les organisations internationales, plus l’image sera  écornée.  D’autres modes de gestion de l’image  sont à explorer par l’État. Les structures spécialisées  ont  une place centrale à jouer dans les stratégies de communication politique de l’image de l’État et des politiques publiques.

Les résultats des enquêtes internationales publiés par les organisations de défense des droits humains et du développement suscitent encore des vagues de protestation de la part de la puissance étatique. Les intensités de ces vagues réactives rythmées par  des démentis  dépendent  d’ailleurs  de la gravité réelle ou supposée des résultants mis à la disposition de l’opinion publique nationale et internationale. L’ampleur réelle ou imaginaire de l’effet immédiat de la bombe étrangère que constitue  toute information à propos du Sénégal déterminera les modes  de gestion du Chef de l’État et des institutions de la République.

Les communiqués de presse, l’organisation de conférences médiatiques et des  sorties médiatiques organisées à la sauvette se combinent pour contredire des résultats publiés par les acteurs non gouvernementaux, généralement étrangers. Le gouvernement alors réagit en fonction de son évaluation de la menace que peuvent constituer les résultats publiés pour restaurer sa vérité et ses certitudes carrées en publiant ses propres chiffres officiels. Les conséquences désagréables, intolérables resteront à la gorge de certains. Les relations  entre le pouvoir étatique et les organisations des droits humains et du développement fonctionnent ainsi à chaque fois que le pouvoir est épinglé – à tort ou à raison – dans sa gouvernance.

Quand les relations atteignent le seuil critique, la puissance publique passe à  l’échelle supérieure de la contestation des chiffres et de la protestation gouvernementale. C’est l’expulsion du territoire national des représentants et/ou des auteurs de ces rapports et chiffres irritants pour les autorités en charge de l’État. L’image est évidemment au centre de ces cycliques réactions épidermiques. Elle constitue  un  des enjeux fondamentaux de la gouvernance mondiale.  Les États, les acteurs du système des Nations-Unies et les acteurs  des organisations des droits de l’Homme ont conscience des enjeux  de ces enquêtes indépendantes. Elles pèsent sur  la diplomatie et le commerce international.  Elles pèsent également négativement sur les classements internationaux des pays et dans les indices du développement.

Aucun État au monde ne peut fonctionner présentement sans accéder aux  résultats des enquêtes internationales du système des Nations-Unies, des partenaires techniques et financiers et des communautés régionales européennes, américaines, asiatiques et africaines. L’enquête fait partie des modes de la gouvernance d’un monde en profondes mutations. Les enquêtes internationales des organisations des droits humains et du développement ont la singularité d’être menées et publiées sous le couvert de l’indépendance et de l’autonomie vis- à-vis des puissances publiques et privées.

Elles sont menées par  des spécialistes.  On ne peut douter a priori du caractère scientifique des méthodologies et du sérieux  des processus de collecte et de traitement des résultats de ces études dirigées par des figures internationales. Les organisations de la société civile  font des commandes d’études avec des termes de références connus. Les États contestent très rarement le caractère scientifique des résultats de ces études régulières, planifiées. Les démentis n’affectent guère  la sincérité des processus et la crédibilité des organisations des droits humains.

Les États, les Nations-Unies et les organisations de défense des droits humains ont en partage des référentiels communs en matière de démocratie et de bonne gouvernance. L’image écornée du pays en ces occurrences ne se modifie guère à coups de démentis et de protestations véhémentes ou non.  Bien au contraire ! On le voit  présentement avec l’indice de perception de  la corruption et le renforcement de la démocratie. Le Sénégal affiche ses faiblesses congénitales.  La vie continue. Les prochaines publications mettront le couteau là le gouvernement aura mal. Les limites de la gestion de l’image, singulièrement en matière de pluralisme démocratique, de gestion des élections et des indices du développement humain méritent d’être interrogées par les gouvernants.

L’État devrait envisager la création de structures spécialisées dans le domaine de la communication politique, de la gestion de son image, de l’étude  de la démocratie et de la gouvernance. Dans tous les pays développés, les États accordent  une place considérable  aux résultats des enquêtes publiées par des organismes privés nationaux et internationaux spécialisés. Les États et les opérateurs privés nationaux et mondiaux tiennent compte de ces résultats, des  sondages d’opinion et de l’impact des politiques sur les politiques publiques.

Les  citoyens occidentaux respectent  les résultats de ces enquêtes et ces sondages. Les États africains ne devraient faire une  exception à cette bonne conduite établie de la gouvernance de l’image, de l’opinion et de l’État démocratique d’un pays. Le Sénégal devra faciliter l’émergence de cet environnement propice à la revitalisation de la démocratie et à la création de structures privées et publiques spécialisées. C’est le chaînon manquant de la gestion de l’image de l’État.

Mamadou Sy Albert