Par Pape Samba Kane

Comment éviter de chroniquer sur cette campagne électorale pour la présidentielle 2019 ? Elle démarre bien mieux que celle de 2012 qui, avant même que de commencer, avait fait quelques victimes, y compris chez les forces de l’ordre, suite à des actes de violence incontrôlés de part et d’autres des protagonistes. Espérons que cela augure de joutes électorales civilisées exemptes de violence et empreintes d’élégance ce mois de février 2019. On doit pouvoir l’espérer. Ce coup-ci, malgré les muscles bandés ici et là en prélude, le démarrage de la course au fauteuil présidentiel dimanche dernier, 3 février, s’est déroulé sans heurt aucun, on pourrait même dire, malgré les foules rassemblées ça-et-là, sans tension, si ce n’est celle, intérieure, notée chez les candidats déclinant leur première déclaration sur les antennes de la Rts. Et cela peut bien se comprendre, pour eux tous, mais surtout pour les nouveaux dans la compétition : Ousmane Sonko, Issa Sall et Madické Niang. Les couloirs de la maison Rts qu’ils ont traversé pour décliner leur première des vingt déclarations d’amour passionné qu’ils vont faire aux Sénégalais, prêts à y laisser toute leurs forces, sinon leur vie, dans la rigueur et le renoncement sacerdotal, promettant monts et merveilles si nous leur donnions le pouvoir, ces couloirs de la Rts dis-je, ont vu passer d’autres candidats avant eux portant la même soif de conducteur de peuples ; et ils bruissent, ces murs de la radiotélévision nationale, du sifflement des fantômes de plusieurs gloires avortées, de nombre d’ambitions contrariées, de rêves brisés et d’espoirs déçus.
Savaient-ils tout ça quand ils entraient en studio – acte 1 et acte grave d’une tragédie personnelle dans laquelle la responsabilité toute individuelle qu’ils prenaient entrainera derrière eux des foules de gens, pleines, comme eux, de rêves de gloire, d’ambitions et d’espoirs – ? Le savaient-ils les trois néophytes ? On peut le croire, et croire qu’ils ont autant prévu de gagner que de perdre et qu’ils ont déjà préparé pour le soir de la proclamation définitive des résultats, l’un et l’autre discours circonstanciés. Gouverner c’est prévoir, et ils gouvernent tous, et déjà, les passions de leurs inconditionnels, sourds à tout argumentaire autre que celle devant conclure à la victoire de leur champion. Votre tragédie personnelle, messieurs, cette ambition (qu’elle soit même assouvie ou alors pas du tout) de devenir président est devenue leur tragédie propre. Et elle sera plus tragique encore si vous devenez président, car alors, vous devriez porter la tragédie de même ceux qui ne vous aiment pas.
Ce que je suis en train de vouloir dire mais avec des mots non susceptibles de doucher l’ardeur de quiconque, c’est que messieurs, vous êtes engagés dans une affaires sérieuse qui n’est réductible ni au pétrole -une histoire somme toute récente qui a trouvé un pays assez construit pour organiser des élections présidentielles, et régulièrement, la onzième cette fois-ci, depuis 56 ans. Ni réductible au combat pour ou contre le CFA, ni réductible à la construction d’infrastructures, à la lutte contre la corruption, ni même réductible à des institutions solides. Elle n’est réductible à rien en particulier.
Il s’agit d’un tout, il s’agit de la mystique de l’Etat, d’une mission quasi sacrée, comme nous en a donné une illustration éclatante, pendant 40 ans, au poste qui était le sien, avant de partir sous les ovations universelles rejoindre le ciel, un Bruno Diatta que nous ne célébrerons jamais assez pour ça. Sa mystique de l’Etat.
Quiconque doute même, seulement doute d’avoir la graine de ça dans son être, ne devrait jamais postuler au rang de conducteur de peuple, guide d’une nation, chef d’un État. Parce que seulement ça, est une condition essentielle pour gouverner dans la droiture. Le reste, c’est des discours …
Les peuples n’ont pas besoin d’ingénieur ou d’avocat, de comptable de percepteur ou de génie informatique pour les conduire. Remisez vos professions-là, nous avons besoin d’entendre l’homme d’Etat en vous les deux semaines à venir.

Le réflexe patriotique du candidat Issa Sall

La réaction du candidat El Hadj Issa Sall aux déclarations quelque peu singulières de l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, est une épine ôtée du pied du Candidat sortant. Macky Sall, chef de l’Etat et candidat, et qui porte, de surcroît, toute la charge de ses relations devenues compliquées avec son ancien patron, ne peut certes pas, sans une certaine gêne, se poser en contradicteur virulent de ce dernier, dans ce qui paraît être la bataille de trop pour celui qui reste un héros pour des milliers de Sénégalais et devrait veiller, lui-même à le rester.
Issa Sall a dit, martial : “Personne ne peut empêcher la tenue de l’élection présidentielle”. On eût dit le ministre de l’Intérieur ! Cette prise en charge de la protection de l’élection par un candidat autre que le sortant a quelque-chose de rafraîchissant ! La république, son poumon par quoi elle respire, peut compter même sur les adversaires du pouvoir en place, en pleine campagne électorale. Un tel reflexe est aussi nécessaire que les légitimes critiques dont le même Sall ne se prive pas.