HOMMAGE DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS  A AMATH DANSOKHO ; PARIS, LE 30 JANVIER 2019 

(Source : www.rp221.com)

Allocution de M. Alcaly Dansokho 

Chers camarades, Il y a cinq mois notre père Amath DANSOKHO nous a quitté. Et aujourd’hui, le Parti Communiste Français et la Fondation Gabriel Péri nous ont conviés pour lui rendre un hommage dans ce siège emblématique de la Place du Colonel Fabien. Pour beaucoup d’entre vous, il était certainement un ami, un frère, un compagnon de lutte ou une personne rencontrée peut-être par hasard dans une librairie ou un restaurant du Quartier Latin qu’il affectionnait tant. Et pour d’autres qui ne l’ont jamais côtoyé, une de ces personnes chère à vos yeux dont vous souhaiteriez que sa mémoire soit saluée pour différentes raisons. Et donc, la première chose que j’ai à dire, c’est merci au Parti Communiste Français, merci à la Fondation Gabriel Péri pour cette initiative dont chaque hôte, ici présent, mesure bien toute l’attention et toute la générosité que vous avez voulu y apporter avec un accueil si chaleureux. Grâce à vous, cet événement est particulier et émouvant pour chacun d’entre nous. Cette assemblée est très riche de diversités avec des personnes de différentes nationalités qui viennent de la région parisienne, d’autres régions de France et même d’autres pays. Et tenir à être présent malgré l’actualité sociale en France où certaines puissances capitalistes tentent de détruire ce qui a pu historiquement être gagné grâce au combat du PCF et d’autres forces progressistes montre autant l’attachement que nous vouons à la personne d’Amath DANSOKHO qu’à celui des valeurs de justice sociale qu’il a défendues avec ardeur tout au long de sa vie. Ceci est un point commun important partagé avec tous ses camarades du PCF et du PIT qui nous ont quittés ou qui sont aujourd’hui avec nous. Mais avant d’évoquer brièvement quelques aspects du lien très particulier que notre père, et aussi sa famille, avait avec le PCF, je tenais à lire deux textes qui donneront du sens à la notion de ce que nous appelons « rencontre » et qui sera un peu le fil conducteur de mon intervention. Le premier texte est le suivant, il s’agit d’un extrait du livre Le Fils du Peuple (de Maurice Thorez, Secrétaire Général du PCF de 1930 à 1964 et Ministre de la Fonction Publique de 1945 à 1947) : « […] Malgré ces divergences (avec le Parti Socialiste de Léon Blum), nous étions au gouvernement et nous y luttions dans l’intérêt des masses laborieuses, arrachant certains avantages, nous opposant aux manœuvres et aux complots de la réaction, jusqu’au jour où nous fûmes évincés du ministère, sur l’ordre des capitalistes américains. Chacun de nous avait, dans sa sphère, réalisé le maximum. Ambroise Croizat avait augmenté la retraite des vieux et les rentes des mutilés du travail ; il avait supprimé l’abattement frappant les salaires féminins, porté à trois semaines les congés pour les jeunes travailleurs, un mois pour ceux de moins de 18 ans… François Billoux avait fait voter la loi sur les dommages de guerre, véritable charte des sinistrés… Charles Tillon avait fait renaître l’aviation française ; il avait organisé dans les usines

d’armement, qu’on voulait fermer, la production de camions, de tracteurs, de machines agricoles, d’outils et d’objets ménagers… Marcel Paul, secondé par Auguste Lecoeur, avait impulsé dans tous les domaines la production industrielle… Laurent Casanova, ministre des Anciens Combattants, avait réajusté les pensions, étendu les réparations aux victimes civiles de la guerre, y compris les déportés raciaux et les déportés du travail… René Arthaud, ministre de la Santé publique, auquel succéda Georges Marrane, avait institué la Direction de l’Enfance, entrepris la construction d’hôpitaux… Quant à moi, j’avais élaboré le statut général de la fonction publique, comportant la reconnaissance du droit syndical ; la démocratisation du recrutement ; l’égalité des sexes ; des garanties en matière d’avancement ; le principe du minimum vital (aucun traitement ne pouvant être inférieur à 120 % de ce minimum). Au milieu de grandes difficultés, malgré l’opposition déclarée ou sournoise des ennemis du peuple, notre pays avait progressé dans la voie du relèvement. Le peuple avait obtenu des améliorations sensibles. Il garde le souvenir des temps où nous étions au gouvernement. Il mesure le recul effectué depuis que nous n’y sommes plus. Les travailleurs vivent toujours plus mal, tandis que s’accroissent les profits capitalistes ; des grèves nombreuses ont éclaté que les gouvernants ont réprimées férocement ; les impôts montent. Le franc a perdu la moitié de sa valeur ; les prix ont triplé. […] » Le deuxième texte : « Cette situation date de quelques mois. Une personne qui a beaucoup compté dans ma vie nous a quitté, ma famille et moi. Cette grande personne est mon grand-père. Mon grand-père est ce genre de personne droite, sans problème connu dans le monde politique. Un jour, en revenant de l’école, j’ai vu Maman pleurer à chaudes larmes et mon père qui essayait de la calmer malgré lui. Ma mère m’annonça la terrible nouvelle. Soudain, je me suis mise à pleurer. Mon merveilleux grand-père est décédé d’une maladie chronique. Mon grand-père nous a quitté comme un héros. Je lui serais éternellement satisfaite et je mettrai en pratique tout ce qu’il m’a enseigné ». Ces mots magnifiques et très émouvants sont ceux d’une jeune grande Dame de 12 ans Racky Wane qui a eu comme sujet de rédaction le 3 décembre 2019 « une situation bouleversante a marqué une étape de votre vie ». Elle est la fille du journaliste et ami de mon père Mahmoudou Wane ici présent et que je remercie infiniment de nous avoir fait partager ce texte qui donne de l’espoir en ces temps où nous en manquons. Ces deux textes bien différents nous montrent de manière précise que certaines rencontres donnent du sens à nos vies et créent des vocations. Pour notre père, alors senghoriste, sa rencontre avec le livre Fils du Peuple a été l’événement marquant du début de son engagement pour la lutte au profit des classes les plus défavorisées. Cela a été aussi son premier contact avec le PCF dans une contrée bien lointaine d’ici entre Saint-Louis et Kédougou au Sénégal. On pourrait aussi évoquer sa rencontre avec la littérature engagée francophone de manière plus générale. Il aimait par-dessus tout LIRE ! Maurice Thorez a su montrer par ces mots et les actions de tous ses camarades que, même au prix de la prison, de l’exil, de la torture ou de la mort, certaines causes devaient être défendues malgré l’adversité des forces capitalistes qui sont jusqu’à ce jour sans pitié. Et à la lecture de cet extrait, je

comprends tout à fait la posture que mon père a eue lorsqu’il a été nommé Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat par le Président Abdou Diouf. Comme il avait une excellente mémoire, il s’est dit « je n’ai que quelques mois avant d’être défenestré » pour changer la vie de dizaines de milliers de foyers. Jamais l’accès à la propriété sans payer un sou n’a été aussi facile qu’à cette époque. Toutes les catégories sociales ont été touchées. Les personnes vivant dans certains bidonvilles (dont ceux de Sacré Cœur ou Khar Yalla à Dakar, par exemple) ont tous eu des papiers pour des parcelles plus grandes dès lors qu’elles s’organisaient en collectif et avait un rendez- vous avec notre père ministre. Les enseignants du privé ou du public, les universitaires, les militaires, les agents d’administration, les agents d’entretien ou les coopératives d’habitat de sociétés et tant d’autres ont eu accès à la propriété en un temps record. Certaines hautes personnalités de l’État sénégalais ont même caché à Amath DANSOKHO au niveau du cadastre la disponibilité de certaines parcelles dans de beaux quartiers de peur de voir arriver des personnes de condition modeste devenir leurs encombrants voisins. Et on ne parle pas de la baisse des prix de construction. Il n’est quasiment pas un jour ou, au plus, une semaine où une personne que je rencontre par hasard vient me dire que si elle a un toit sur la tête et une parcelle de terre, c’est grâce à Amath. Concernant la rencontre de Racky avec son grand-père Amath, beaucoup d’entre vous savent ce qui s’est passé. C’est d’abord un accueil avec un sourire et une chaleur difficilement descriptible. Il vous mettait à l’aise autour d’un bon repas, si ce n’était pas possible dans l’instant, sans même vous connaître, il vous ouvrait la porte de son salon le lendemain. Si vous n’aviez pas de toit en visite à Dakar, il vous hébergeait ou trouvait un moyen de vous faire héberger quelque part où vous seriez bien. Un étudiant en quête de repère pour son avenir avait la même attention qu’un ministre étranger en visite chez lui pour régler un problème diplomatique. Il ne jugeait personne et tendait l’oreille à toutes les personnes marginalisées par nos sociétés rudes. La rancune, il ne savait pas ce c’était. En effet, ses combats n’avaient de sens que parce qu’il avait l’absolue certitude que l’homme pouvait changer. Et sa générosité était sans fin. Même les cœurs les plus durs pouvaient être attendris à la rencontre d’Amath DANSOKHO pour peu que vous engagiez un dialogue avec lui. Combien de politiciens m’ont fait rire certains matins en déboulant très tôt au petit déjeuner avec notre père ? Ils arrivaient énervés par certaines situations en voulant abandonner ou voulant s’attaquer à certains de leurs alliés. Mais, en moins de dix minutes, Amath DANSOKHO était capable de les retourner complètement, de les calmer et de les amener à réfléchir. Sa capacité de convaincre était aussi fine que rapide. Être de mauvaise foi, cynique ou tortueux en face de lui était un exercice périlleux et sans grande chance d’aboutir. Et combien de gens ont pu faire des études supérieures à l’étranger ou au Sénégal parce qu’ils l’ont rencontré ? Combien de personnes ont pu avoir des responsabilités voire de très hautes responsabilités parce qu’ils l’ont rencontré ? Et combien d’autres ont tout simplement pu être apaisées parce qu’une personne ayant une certaine notoriété accepte simplement de les écouter ? Nous connaissons la réponse : énormément. Et malgré cela, il aura toujours été égal à lui-même et surtout aux autres. Concernant le PCF, le PIT en a été un compagnon de longue date et cela continue. Je serai un très mauvais témoin de l’histoire qui vous lie depuis des décennies. Mais il y a certaines choses que je sais. Vous avez toujours été un parti qui a défendu la décolonisation au sens noble du terme à savoir que ces peuples et ces nations ont

droit à la liberté et la construction de leurs modèles de société. Pour cela, vous avez aidé vos camarades africains dans la clandestinité pendant des décennies ; vos militants ont ouvert leurs foyers à certains d’entre eux, vous en avez formés de Paris à Berlin en passant par Prague ou Moscou. Et ces liens n’ont jamais été rompus. À l’heure où il est rentable en termes de voix de dire aux africains et autres étrangers de rentrer chez eux, vous acceptez, pour la défense des idées auxquelles vous croyez comme Maurice Thorez, de continuer à aider les migrants qui arrivent. Vous êtes les seuls à essayer de leur trouver des hébergements décents, de scolariser leurs enfants et de leur rendre le sentiment d’appartenance à cette Humanité. Et que dire de ce journal l’Humanité qui a été le premier que j’ai lu à côté de ceux d’Al Bayane ou de la revue Gëstu du PIT ? Qu’il continue de vivre longtemps encore car nous en avons besoin. Ma relation préférée avec le PCF a été celle avec La Fête de l’Humanité, grand moment de rencontres. Quand notre père nous y emmenait, nous étions si heureux pour la fête, les jeux, les méchouis du camarade Maguèye Kassé qui tournaient pendant des heures avant qu’on puisse en déguster un petit morceau bien chaud et fondant. Ces camarades du PIT au stand du Sénégal tous fiers et beaux tant ils croyaient en leurs idéaux. On y racontait que même les enfants du 16ème arrondissement y venaient, peut-être étaient-ils déguisés en ceux du 20ème. Moi, je dansais sur Youssou Ndour un jour, écoutait Johnny Hallyday un autre jour ou une autre année. La rencontre avec le chanteur le plus populaire de France, Renaud, a été inoubliable. Ses paroles sonnent toujours si justes aujourd’hui. Et que dire de Johnny Clegg, Bernard Lavilliers, Positive Black Soul ou Touré Kunda. Je pourrais continuer des heures car les souvenirs sont si précis et nombreux. Que de belles rencontres encore et encore ! On en redemande. Et pour finir, merci Papa, merci Maman, merci à tous les camarades du PIT, du PCF et d’ailleurs. Merci à la Famille, à vous les Amis et Camarades. Et un dernier grand merci à la grande jeune dame Racky WANE, future révolutionnaire, adorable comme son grand- père, dont j’espère qu’elle fera du bien à énormément de personnes et qu’elle transmettra à son tour ces petites étincelles qu’elle a reçues au détour de belles rencontres comme celle particulière avec l’homme que nous célébrons ce soir. Bonne soirée.

Alcaly DANSOKHO (Source www.rp221.com)