D’ordinaire, rappelle Erik Emptaz dans son dernier éditorial du Canard Enchaîné (13/5), les crises augmentent la confiance des dirigés envers leurs dirigeants. J’ajoute que c’est certainement à proportion de la peur induite par le facteur de crise. Et en ce cas, plus la menace est grande, plus l’adhésion est forte derrière le dirigeant !

Macky Sall l’a éprouvé quand la crise de l’effrayante Covid-19 avait seulement frappé aux portes de notre pays. On vit défiler chez lui, pour lui dire leur totale adhésion à sa volonté de se donner carte blanche pour faire face à la menace, la quasi-totalité des forces vives de la nation, tout du moins leurs représentants les plus emblématiques. Et de tous les secteurs, les moins guettés ne seront pas, chez les politiques, ceux de l’opposition dite radicale. On ne guetta pas en vain. Quand l’anti-systémique tellurique, étoile montante de la politique qui, en temps ordinaires, n’aurait rien eu à gagner et tout à perdre en franchissant les grilles du Palais, Ousmane Sonko, vint à l’appel, la boucle était bouclée.

Mieux, le gros de ces troupes, inespérées pour celui qui venait de s’auto-grader Généralissime, en même temps qu’il déclarait la guerre à la Covid-19, offrit de monter au front anti-propagation de la pandémie. En moins de temps qu’il ne lui fallut pour se faire voter une loi d’habilitation par une Assemblée pourtant réputée zélée, les musiciens lui concoctèrent des chants guerriers, et les publicistes des spots mobilisateurs, pendant que les peignirent des fresques monumentales à la gloire de la guerre, et la presse ne titra plus que « Sus à la Covid ! », sinon : « Général, nous voilà ! ». Les nantis qui ne pouvaient être en reste mirent la main à la proche, et ceux qui n’avaient ni talent ni fortune applaudirent.

L’union sacrée était faite, et les bastions de résistance que furent les lieux de culte, les marchés, les transports publics, devant une des tactiques fondamentales dans la stratégie globale – le renoncement aux rassemblements humains – cédèrent tous devant la peur de la maladie… et la pression de la grande armée anti-Covid. Certes, certes, mais aussi, peut-être, entendait-on, ici et là, tirer parti de la situation, donnant d’une main ce que l’on espérait récupérer – multiplié – de l’autre. Parce qu’avec les troupes humaines, le Généralissime Macky avait aussi levé une armée de milliards.

Un parti qui ne vint pas… peut-être !

Sinon, qu’est-ce qui explique que, trois mois après, loin d’avoir vaincu l’ennemi, qui avait atteint et neutralisé deux milliers de Sénégalais, Vingt parmi eux, pour toujours (en paix soient leurs âmes), les bastions de résistance à la mobilisation, qui avaient cédé, se soient redressés ? Et pour mettre une pression si terrible sur le chef qu’elle lui fit baisser pavillon ? Je n’ai pas d’explication, mais j’estime que le chef a trop vite levé le drapeau blanc.

Mais tout n’est pas perdu. C’est la débandade, oui, mais il reste (encore) le chef des armées. Surtout, chef de l’Armée populaire anti-crise sanitaire. Et celle-ci n’est pas – oh, loin de là ! – disposée au cessez-le-feu de la fièvre.

Tout n’est pas perdu, mais à condition que Généralissime Macky prenne son courage à deux mains et ôte son masque (pas celui à la mode, bien sûr, c’est une arme de guerre) pour regarder la réalité en face.

Et se dire qu’à force de vouloir ménager la chèvre et les choux, il risque, lui, de se faire bouffer par les loups.

Les loups de la finance, les loups de Dieu, et – ce serait déloyal envers le Généralissime Macky Sall de ne pas le mentionner – les loups des transports de vivres !

Et il y a plein d’autres loups qui rôdent…