FAIRE AVEC  LA FORCE ET LES TARES DE NOS LIONS

Par Mamadou SY Albert

L’équipe nationale du Sénégal sera finalement en huitième de finale. La peur au ventre des  supporters d’un retour précoce des Lions au bercail,  dès la fin des matches de poule, ne s’est pas transformée en un cauchemar sportif national.

Il faudra désormais faire avec les faiblesses congénitales du management  sportif national, de l’état d’esprit frisant parfois l’incompétence amorphe mêlée à l’insouciance collective et individuelle, et les forces des Lions de la  Téranga.

La défaite de l’équipe nationale sénégalaise devant la grande équipe algérienne restera longtemps dans la mémoire des férus du ballon rond du continent africain.

Des Lions méconnaissables, incapables de jouer au ballon et de construire un plan de jeu. La surprise totale est à la mesure de la déception. Une des meilleures équipes de l’Afrique se laisse prendre  au cou et subit sans âme le  jeu de son adversaire.

L’équipe nationale avait simplement baissé sa garde et oublié ses armes techniques et tactiques. Le score d’un but à zéro aurait pu être plus corsé, plus sévère et désarçonnant. Cette prestation médiocre a fait naître certainement une grosse frayeur dans les rangs du onze national, dans le ressenti de tout un peuple choqué et impuissant. Ce résultat médiocre n’était point, malheureusement, une première dans les annales des prestations continentales des footballeurs sénégalais. Les Ivoiriens, les Camerounais, les Nigérians, les Ghanéens, les Égyptiens et les Algériens ont assez souvent démontré, une supériorité technique et tactique sur les Sénégalais pendant les préparatifs des éliminatoires et durant les matches de Can. Ce passé est remisé dans les tiroirs de notre mémoire oublieuse à chaque coupe d’Afrique. On se croit toujours supérieurs et l’histoire ne cesse de se répéter. La défaite récente du Caire a fait resurgir cette page sombre masquée du football de notre pays.

Le mental du  joueur sénégalais reste et demeure une des faiblesses majeures de l’équipe nationale. Les Algériens ont mis à nu cet esprit paresseux, inintelligent, amorphe, quand  le rapport de force et l’enjeu d’un match exigent  la combativité, la rigueur et le respect de son rang et de soi-même.

L’équipe Algérienne a  mis aussi à rude épreuve, le management de l’entraîneur national, ses capacités techniques à choisir une équipe en fonction de l’adversaire, de son jeu et de son tempérament. Le Sénégal souffre toujours de sa méconnaissance des autres équipes africaines.

Ces faiblesses congénitales, touchant au mental et à la gestion d’une équipe nationale en fonction de l’adversaire et des enjeux du jour, ne peuvent nullement occulter la force de l’équipe nationale. Bien au contraire. Le onze sénégalais regroupe des compétences techniques et humaines mondialement reconnues. C’est ce potentiel énorme qui frappe tous les observateurs du football africain et du monde quand nous échouons à marquer les compétitions internationales. Cette équipe a  un potentiel de talents individuels et collectifs  réel. Il suffit  de voir la qualité des gardiens de but, des défenseurs (l’exemple type est Kalidou Coulibaly, meilleur défenseur du Calcio, réputé être un championnat rude), des attaquants et du banc  de touche enviable des Lions. C’est du domaine de l’exceptionnel. On comprend aisément que ce potentiel technique et ces  talents puissent être jalousés dans un continent où on compte les stars mondiales sur les doigts d’une main. Cet effectif professionnel évoluant sur tous les continents  produit  nécessairement un effet grossissant à l’échelle de la planète foot. C’est la meilleure équipe d’Afrique du moment sur le papier. Quand, elle tourne à plein régime avec ce potentiel technique, tactique et de talents divers, cette équipe est capable de jouer un rôle au sommet du monde, de gagner et de faire plaisir à ses supporters et à tous les amoureux du ballon rond. La force technique de l’équipe nationale sénégalaise ne souffre pas de doute.

Comment alors construire une équipe nationale à la hauteur de ce potentiel, de ces talents  et des espérances d’un rêve du trophée continental ? Telle est la question majeure de notre football depuis au moins les années 2002. Ce n’est point le temps d’une coupe d’Afrique, qu’un entraîneur bâtira une équipe nationale professionnelle, un projet de jeu et une conduite de groupe devant des adversaires aguerris et plus titrés que nos Lions.

Le football est après tout, un jeu, une culture, une passion et un amour. On gagne ou on perd. C’est la loi du Sport-roi. Les grandes équipes sont le résultat  de l’enchevêtrement de ces défaites et de ces victoires. Elles se construisent dans la durée et  dans les épreuves individuelles et collectives.

Mamadou Sy Albert