DIALOGUE NATIONAL

PENSER LE SENEGAL, AGIR CITOYEN

Le dialogue national prend forme après son lancement le 28 mai. C’est désormais le Comité de Pilotage que dirige le Président Famara Ibrahima Sagna qui devra conduire les travaux, et trouver des consensus entre les acteurs politiques et  la société civile. Un exercice délicat face aux clivages récurrents qui complexifient l’exercice, alors que des défis significatifs interpellent les populations sénégalaises ; la jeunesse en particulier, dans le désarroi total.

L’élan pris par la journée consacrée au lancement du dialogue renseigne, d’une part, sur la diversité et la complexité des préoccupations des acteurs, d’autre part,  sur la difficulté de conduire les travaux de façon à aboutir à des consensus,  seuls vecteurs du dépassement des tensions et des clivages, nourris par la lutte pour la préservation ou la conquête du pouvoir. Le Comité de Pilotage et son Président ont assurément du pain sur la planche. Il est même titanesque.

La première difficulté de ces responsables du pilotage réside dans le choix non partisan des thématiques qui seront objet des réflexions. Le principe naturel d’un dialogue national inclusif consiste à laisser tous les groupes sociaux, culturels, religieux, économiques et politiques identifiés et invités exprimer librement leurs préoccupations, et proposer des solutions nouvelles ou des mesures de renforcement de telle ou telle direction prise par les pouvoirs publics.

Dans ce sillage, le Comité de Pilotage va certainement prolonger la méthode de la journée du lancement en accordant à tous les acteurs  l’opportunité  de prendre la parole démocratiquement sur un pied d’égalité et de dignité. Le risque majeur de ce type de format, certes, est de confiner les acteurs à leurs préoccupations particulières.

Le pire des scénarios serait que les politiciens s’accaparent du dialogue et transforment le débat en un marchandage politicien. Le dialogue se réduira dans ce cas de figure en une foire de partage d’avantages particuliers et de sinécures entre les politiciens.

Cette potentielle insuffisance d’orientation et d’organisation pragmatique du dialogue rendrait quasi impossibles une synthèse des préoccupations réelles des Sénégalais et une conclusion globale ou partielle susceptible de se transformer en recommandations communes et partagées entre les acteurs du dialogue et les populations. Au-delà cette difficulté du sens du dialogue et de son approche méthodologique, ce format peut secréter des difficultés à trouver un consensus sur les préoccupations citoyennes : accès aux services de base, à la qualité de vie et aux ressources du Sénégal. Le Comité de Pilotage devrait circonscrire les termes du débat central au cœur des préoccupations de toutes les composantes de la nation sénégalaise et le débat sectoriel des composantes de la société politique.

LE SENS DU DIALOGUE NATIONAL

Est-ce un débat d’orientation générale de la gouvernance politique, au sens large, susceptible de nourrir des réformes  ou des politiques publiques nouvelles, dans des domaines précis de la gouvernance politique, économique, sociale et culturelle ?

Si oui, le risque serait de sortir du cadre d’une recherche de consensus telle que déclinée par le Président de la République. Risque réel à l’occasion de ce genre de rencontre sur un fond de divergences dans la conduite du pouvoir étatique. Il sera  à la mesure de la profondeur des divergences politiques et du climat de défiance entre le pouvoir et son opposition depuis les dernières élections et bien avant d’ailleurs.

L’expérience de la Commission Nationale de Réforme des Institution devrait servir d’exemple de contre modèle type au Comité de Pilotage. Le Président de la République acceptera difficilement un projet de réforme ou de changement de cap de la gouvernance publique issu du dialogue allant dans un sens contraire de son Projet Sénégal émergent et de sa nouvelle méthode du fast-track.

Le dialogue national est  plutôt à inscrire  dans la perspective d’une amélioration qualitative de la gouvernance publique globale, du renforcement de la démocratie plurielle et de l’unité nationale, d’un accord sur les questions essentielles : la satisfaction des besoins de base des citoyens et une meilleure gestion des biens communs aux Sénégalais.

Les Droits humains et la protection sanitaire, par exemple

Le dialogue devrait  ainsi être ouvert à la recherche de consensus au sujet par exemple, de la loi électorale, de l’autorité chargée de l’organisation des élections, du calendrier électoral, du socle des valeurs et de la responsabilité partagée entre la majorité, son opposition et la société, en matière de protection des droits humains et des libertés.

Les questions relevant du renforcement de la sécurité publique, des biens et des personnes,  la lutte contre le terrorisme et l’insécurité constituent des questions  ouvertes aux acteurs du dialogue. Il en sera de même, probablement, pour les questions sociales (la santé chez les plus démunis, et la protection des couches vulnérables contre les maladies contagieuses, tuberculose et IST, y compris le  sida), culturelles et religieuses au cœur des mutations de la société contemporaine sénégalaise.

C’est le cas des ressources naturelles, en l’occurrence le pétrole, le gaz, l’or, des  occupations illégales des espaces publics, le renforcement de l’efficience du système éducatif et une meilleure participation des citoyens à la gouvernance des affaires publiques, nationales et locales. Toutes ces questions moins politiciennes peuvent et doivent être l’objet de réflexion, de recommandations et de mesures fortes.

Le Comité de Pilotage devra ainsi fixer d’une manière ou d’une autre, le sens du dialogue, les thématiques du dialogue national, les questions majeures devant faire l’objet d’échanges pour aboutir éventuellement à des consensus et /ou à des désaccords motivés. L’esprit du dialogue doit être fixé avant l’entame des travaux. Cet esprit est un aspect fondamental du dialogue national. Il est même crucial pour sa réussite.

Penser le Sénégal, agir citoyen sénégalais

Les acteurs doivent inscrire le dialogue dans la recherche de la préservation de l’unité de pensée et d’action des acteurs dans un cadre républicain avec  des règles de conduite commune et des échéances acceptables.

En somme, il s’agirait  pour tous les acteurs, de penser le Sénégal et d’agir citoyen. Un exercice délicat pour tous les politiciens professionnels, plus préoccupés par l’exercice exclusif du pouvoir à tout prix. Cet esprit citoyen responsable suppose que les acteurs politiques sortent véritablement des clivages partisans contreproductifs, des procédés consistant à manœuvrer, par la ruse ou par la force, l’adversaire au détour d’un faux dialogue ; ou le rouler dans la farine à quelques encablures des prochaines échéances électorales. Les Sénégalais se lassent de la politique à cause de cet état d’esprit calculateur nuisible sévissant dans les rangs, aussi bien du pouvoir que de l’opposition sénégalaise.

L’essentiel dans ce  dialogue national est sa sincérité, la richesse,  la profondeur des analyses, mais également, la pertinence des recommandations, des propositions et la mise en œuvre des résultats des travaux dans l’intérêt du Sénégalais, de la démocratie plurielle et du développement durable de l’économie endogène au service des populations.

Mamadou Sy Albert