Par Pape Samba Kane

Trois morts à Tambacounda, à mi-parcours de la campagne électorale, c’est déjà trop ! Des journalistes qui couvrent la campagne blessés suite à une agression délibérée (c’est ce qui a été rapporté par la presse, sans jamais être de démenti) ; c’est assez nouveau, très grave et indicateur d’une inculture démocratique de certains acteurs qui, hélas, deviennent centraux dans ces joutes électorales : les nervis et autres gros bras, abusivement appelés gardes du corps, et dont s’entourent aujourd’hui, pour un oui ou un nom, les politiciens. Ce, jusqu’au moindre maire de la plus insignifiante commune. Cette tendance navrante, est née entre 2000 et 2012 …
La campagne électorale et les désordres qui vont avec représentent la traite de ce personnel musclé fourni par la population trop importante des lutteurs désœuvrés et des haltérophiles amateurs sans occupation sociale réelle. Ce sont eux qui rêvent que la violence survienne. Ne serait-ce que pour justifier leur existence, donner du sens à leur recrutement, vérifier leur utilité dans un monde politique bourgeois qui les méprise en d’autres temps.          Ajoutez à cela les tensions créées et entretenues par les politiques eux-mêmes, bien avant le démarrage de la campagne, par une violence verbale portée par un discours musclée et des ultimatums inconsidérés qui n’étaient pas pour calmer le jeu, au contraire !
Et il faut que tout le monde se ressaisisse, les autorités comme les états-majors des candidats, les premières pour assurer dans la fermeté la sécurité de cette élection, les seconds pour redescendre sur terre, atterrir dans la réalité. Et désarmer leur discours ridiculement guerrier !

La première chose à laquelle la classe politique devrait réfléchir – avec l’appui de toutes les forces vives-, c’est comment bannir ce type de sécurité informelle dont s’entourent les candidats à des élections quelles qu’elles soient, mais surtout aux présidentielles. Une loi, suivie de mesures fermes et impartiales qui, toutes, garantiraient, assurée par les forces de défense et de sécurité nationale, la sureté personnelle des candidats qu’ils  soient au pouvoir, de l’opposition politique ou de la société civile, ainsi que la sauvegarde de leurs activités et matériels divers.

Ça coûtera de l’argent, oui, mais ça coûtera forcément moins chers que des morts et que les risques d’explosion sociales et politiques dont sont grosses ces confrontations entre milices incultes et sans formation aucune dans l’usage de la violence, surtout pas dans ces ambiances de campagne électorale chargées de cette passion politique plus électrique que toutes autres ivresses.

En attendant ce futur radieux que nous appelons de tous nos vœux, nous exhortons  les acteurs du jeu politique actuel, les candidats comme leurs états-majors à tenir leurs troupes.
Ces foules qui les acclament et les enivrent de vivats, de ville en ville, vont fondre à l’épreuve des urnes pour la plupart d’entre eux. Il y aura un seul vainqueur, les quatre autres devrons retourner travailler, rencontrer des gens dans la rue sans escorte, gérer des entreprises personnelles, se soucier eux-mêmes de leur quotidien, qui n’intéressera plus que très peu de gens.

En un mot, ils vont redevenir des gens normaux vivant normalement, mais seulement s’ils sortaient de cette épreuve sans traumatisme, et c’est maintenant qu’il faut y travailler.
Cette élection, dans deux semaines, sera derrière nous, avec un vainqueur dont rien ne garantit qu’il doive être un si excellent président qui changerait radicalement nos existences.

Pour le peu que l’on peut attendre de l’heureux élu, cela vaut-il  que nous sacrifiions  la vie de jeunes gens à l’autel d’ambitions dont rien ne dit qu’elles valent ces sacrifices. Et le plus navrant, c’est que le lendemain, comme si de rien n’était, tous se sont  lancés à nouveau sur les pistes, rues, places publiques, suivis de leurs danseurs et danseuses, et de vociférateurs enthousiastes, cependant que le deuil écrasait et écrase encore les familles des victimes de leur manque de prévoyance républicaine, responsabilité indirecte, mais responsabilité quand-même !
Cette chronique après avoir déploré ces morts et prié qu’elles soient les dernières de ces élections, essayé d’ouvrir une piste de réflexion pour bannir la violence milicienne du champ électoral, est aussi une véhémente protestation contre la désinvolture des politiques vis-à-vis des journalistes dont ils ne peuvent cependant pas se passer, ensuite un soutien et un encouragement au Synpics et à l’association des jeunes reporters, au CDEPS, à effectivement étudier tout moyen de prévention de la sécurité des reporters sur le terrain, y compris, si nécessaire, le boycottage des candidats qui ne les traiteraient pas comme leur rang et leur rôle dans cette campagne le veulent.

Pape Samba Kane