« Il fait ce qu’il veut »

PAR GNADA ET AMATH

PETIT RAPPEL (Extraits du premier chapo de cette chronique) : Au siècle dernier, Mame Less Dia… fondateur et directeur du journal satirique Le Politicien, disait que son journal sortait régulièrement à l’improviste. Ce sera le cas de cette rubrique. PSK a eu la gentillesse de demander à des journalistes en retrait de reprendre service et, selon leur rythme …, d’animer cette chronique appelée Chronique de l’improviste, en hommage  à ce précurseur de la presse satirique chez nous…  Le style, les tournures d’esprit, les clins d’œil vous rappelleront certainement, de temps à autre (…) une époque, une ambiance, le charme désuet du Sénégal post indépendance où les petits plaisirs de la vie n’étaient pas un visa pour l’enfer. Ça pourrait être un court moment de plaisir, de franche rigolade sur nos petits travers (…) 

Le président de tous les Sénégalais cache bien son jeu. Il nous a priés de le réélire pour cinq ans en nous vendant un programme dont personne ne se souvient. Près de 60 % des électeurs sénégalais ont mordu à l’hameçon, en février dernier. Aussitôt après sa prestation de serment, il sort de son chapeau la suppression du poste de Premier ministre pour, dit-il, pendant les cinq prochaines années, aller vite et faire des résultats qui changeront notre vie. On est presque sommé par ses partisans zélés d’avaler cette grosse couleuvre. Que faire d’autre, d’ailleurs ?

Macky est désormais seul à bord. « Il fait ce qu’il veut. Qu’il déroule ! », dit – un brin taquine  et dépitée – cette députée libérale, fatiguée d’appeler à la mobilisation des Sénégalais quasi chloroformés. Féroce, un autre opposant de gauche dit : « On attendait un jeune ; on a un vieux ». Un jeune-vieux qui ferait comme Senghor, Diouf et Wade. Qui décide de tout. Nomme tout le monde. Dégage qui il veut. Dialogue à son rythme et selon son agenda.

Macky déroule donc. Sans l’opposition réduite à sa plus simple expression. Sans la société civile en errance. Sans les syndicats invités à raser les murs et à faire le deuil de toute augmentation des salaires, à le laisser travailler. Le cheveu sur la soupe est ce Guy Marius Sagna, dernier Mohican de l’activisme, preux chevalier, freinant des quatre fers pour ne pas entrer dans un panier à salade. Quelqu’un, du côté de l’avenue Roume, devant sa télé, a dû dire : « niaw ! » (Bien fait). Guy dégage !

Macky déroule donc, seul à bord. Désormais, c’est lui qui décide de tout, qui agit pour nous, qui pense pour nous… Pour quoi faire ? De l’économie, du taux de croissance, des infrastructures dans le silence et la discipline. Une noble ambition, mais aussi un défi herculéen au pays des bavards, de l’indiscipline, de la liberté sans devoirs, des droits à la carte, de la négociation pour se tirer d’affaire et de la délibération afin que rien ne bouge. Macky rêve, peut-être, d’ici à 2024, de faire du Sénégal le Rwanda de l’Ouest africain. Pour ce faire, c’est le fast track (gaaw té bar), l’économie en mode accéléré, un président fort en corps-à-corps avec les citoyens et des élections normales, saillies régulières d’une démocratie en veilleuse.

L’artiste Pacheco, soufflant dans son saxophone, suivi par une nuée d’enfants, prédisait, à la fin des années 1970, que l’an 2000 serait l’année de l’abondance. Dix-neuf ans après, on en est encore à débarrasser le centre-ville des ordures, des épaves de voiture, et de son « encombrement humain ». Pire, la citoyenneté est mal en point, le repli identitaire se développe et la tolérance met… les voiles. Bonne chance et bon ramadan, Mister président