CHRONIQUE

LES CONTOURS POLITIQUES DE L’ACCORD ENTRE SALL ET WADE

Le Président de la République en exercice, Macky Sall, et son prédécesseur au pouvoir, Abdoulaye Wade ont scellé, à l’occasion de la première rencontre au Palais Présidentiel après la réconciliation du 27 septembre 2019, un accord  politique avant tout. Une approche de gouvernance plus apaisée du jeu politique et de la gouvernance des affaires publiques du maître du jeu au pouvoir et le repositionnement de l’ancien Président de la République dans l’échiquier politique national et africain, seraient au cœur  de ce pacte entre le Président de l’Alliance pour la République et le patron du Parti démocratique sénégalais. De nouveaux horizons indécis d’une recomposition politique et des alliances stratégiques se dessinent dans le cours du deuxième de Sall.

Le processus électoral et le statut du chef de l’opposition constituent les deux questions fondamentales que la majorité présidentielle n’a pu, ou su gérer de manière consensuelle avec son opposition depuis l’avènement de la seconde alternance. Les conditions dans lesquelles la dernière présidentielle de février 2019 ont eu lieu expliquent très fortement la posture radicale  de l’ancien Président de la République et encore secrétaire général du Parti Démocratique Sénégalais dans le jeu politique.

Le quasi-boycott de l’élection présidentielle, la bouderie du dialogue politique et du dialogue national résultent de divergences profondes entre les libéraux et la mouvance de la présidentielle. La première rencontre du 13 octobre après la réconciliation entre les responsables de l’Alliance pour la République et du Parti démocratique sénégalais  scelle un lien entre les deux hommes d’État à propos de deux préoccupations majeures qui seront ainsi traitées prochainement  par le dialogue national.

Cette décision commune  laisse penser précisément que le Pds met fin au boycott des discussions entre le pouvoir et ses adversaires. Le Pds sera au banquet du dialogue. Il est difficile à l’état actuel des réflexions entre le maître et son ancien élève de savoir le  contenu réel à cet accord au sujet du processus et du statut du chef de l’opposition. Le  processus électoral, le statut de l’opposition et du chef de l’opposition constituent des objets  de controverses dans les rangs de la classe politique.

La loi du parrainage, la création d’une commission électorale indépendante, la place du Ministère de l’Intérieur et du Conseil Constitutionnel cristallisent des divergences notables suivant que l’on appartient à la majorité présidentielle, à l’opposition radicale ou  à l’opposition modérée. Les républicains et les libéraux auront-ils dans ce contexte conflictuel des positions convergentes ? Quelles seront les propositions des autres acteurs du jeu politique et de la société civile  face à une convergence de vue entre libéraux et républicains – dans laquelle, certes, il est impossible d’exclure une clause concernant le sort de Karim Wade, fils de son père ? Quels seront les critères de désignation du  chef de l’opposition et le  statut de l’opposition ?

Des divergences  potentielles se dessinent entre la majorité et l’opposition radicale. Une gouvernance plus apaisée des conflits entre le pouvoir et son opposition  est  indispensable pour dépasser ces divergences en vue créer les conditions de réalisation de consensus politiques significatifs à propos de questions politiques  délicates. Le  Président de la République Macky Sall est à la croisée des chemins. Il devra trancher entre deux orientations, notamment, persister dans les orientations rigides du premier mandat, fortement influencées par la psychose du deuxième mandat et l’usage de la force de l’État ou accepter un consensus politique et électoral garantissant l’apaisement, la stabilité et une bonne organisation des prochaines élections.

L’ancien président de la République, Abdoulaye Wade est lui aussi contraint de choisir désormais entre l’opposition radicale qu’il  incarne depuis sept ans et une opposition modérée, plus souple, plus consensuelle avec le pouvoir républicain. La deuxième posture est la plus probable. Le responsable libéral a choisi presque une nouvelle posture médiane dans le jeu politique national. Il invite toutefois son homologue à créer toutes les conditions pour une meilleure gestion apaisée des ressources naturelles, singulièrement, le pétrole et le gaz et une approche panafricaine de gouvernances des conflits par le dialogue et la défense des intérêts du continent noir. L’apaisement du climat social, politique, une gouvernance apaisée susceptible de secréter des consensus politiques significatifs et le repositionnement de l’ancien Président de la République – qui œuvre pour le retour de son héritier dans le champ politique-, seront des conséquences de l’accord entre le Président Macky Sall et l’ancien Président de la République, Abdoulaye Wade. Ce nouveau pôle républicain et libéral va se heurter naturellement au camp de l’opposition radicale. Cette dernière  aura probablement une lecture plus critique de cet accord politique.

Et il sera dans son rôle. Ainsi va la démocratie

Mamadou Sy Albert