De partout, apprend-on, de Médiapart, de Jeune Afrique et certainement d’autres médias, sans
parler des réseaux sociaux, des intellectuels africains – notablement beaucoup d’entre eux vivant
en Occident – se mobilisent dans la lutte contre le Covid19. Sans doute aucun, contenir ce virus
est une priorité pour les pays africains. Parce qu’à l’évidence, aucun de nos pays ne tiendrait
durablement sa cohesion, pour dire le moins, si ce fléau atteignait chez nous l’ampleur atteinte
en Europe. Or, rien qu’à son état actuel, cette crise sanitaire, devenue vite multiforme, et dont on
pointe la forme économique comme essentielle, tout simplement parce que l’Occident le veut,
nous plonge dans l’incertitude totale pour notre avenir immediat, y compris en tant que nations
indépendantes.
C’est face à la pregnance de ces problématiques, dans un moment d’angoisse, partagée par
l’humanité entière – où l’on entend beaucoup parler de solidarité et de remise en question des
schémas habituels de cohabitation planétaire – que la note du ministère français de l’Europe
et des Affaires étrangères – objet de notre chronique de mardi dernier – nous était apparue
choquante et blessante pour tout Africain. Fût-il pris comme personne dans l’effort de
prévention des contagions et de contention des pathologies du Covid19.
Je crois que rien, aucune peur de la pandémie et de ses consequences proches et lointaines
sur la communauté, aucune crainte pour ses positions et avantages individuels, ne justifieront,
devant des desseins aussi graves que celles contenus dans la note du Quai d’Orsay, une
quelconque circonspection. Cette manière presque enthoudiaste de guetter les dégats
prévisibles d’une mauvaise gestion de la crise chez nous, en Afrique de l’Ouest et du Centre,
pour en tirer profit au plan géopolitique, est d’une indécence – je l’ai dit la semaine dernière, je
le répéterait – qui ne repose que sur 400 ans d’impunité, quand la France ne devait de compte à
aucun pays africain. Et qu’aucun n’en réclamait.
Aujourd’hui, et depuis plusieurs années, une jeunesse africaine qui ne sait de la France que
le rapatriement menottes au poings de ses frères et soeurs, que ses frontieres fermées aux
migrants en pirogues précaires, et que l’exploitation des richesses de son pays par Total,
Bouygues, et autres, une jeunesse à laquelle le nom de Robespierre ne dit rien, non plus que celui
de Descarte, réclame des Comptes.
Or la France fait semblant de ne pas le savoir, et table sur la tabula rasa politique que ferait la
crise Covid19 sur l’Afrique pour placer ses pions afin de continuer son exploitation du continent
avec de nouveaux dirigeants, à sa solde nien évidemment !
Même la moindre prudence, sauf à être aveuglé par je ne sais quels avantages ou ambitions,
commanderait à quiconque se réclame intellectuel africain de se préoccuper d’un tel projets.
Et de faire entendre sa voix sans équivoque, afin de le condamner et d’agir, s’il le peut, pour le
contrecarrer.
Je ne crois pas que ce serait trop demander que d’inviter tout ce beau monde, en même temps
que les coups de gueules justifiés contre nos gouvernements sur leurs diverses incapacités,
avant leur gestion calamiteuse de la crise sanitaire, de rappeler à leurs amis français, à leur
obligation morale de décence, en cette douloureuse période que traverse l’Humanité.
De toute façon, personne n’est certain que l’Afrique en sortira plus atteinte et fragilisée qu’un
autre continent.