Partie de poker sur le pétrole et le gaz 

PAR GNADA ET AMATH

Les Sénégalais peuvent être bavards, excessifs, méchants, faux dévots, un brin animistes, mais ils savent aussi pardonner. Tout pardonner. Pardonner les pires actions. Pardonner les retournements de veste, les vols, les mensonges, les prévarications, les conflits d’intérêt. Ils savent vouer aux gémonies une personne et, deux ans, trois ans, cinq ans après, l’adouber, l’écouter religieusement et penser naïvement qu’il s’est amendé, qu’il se bat désormais pour l’intérêt général. C’est du Sénégalais ou du dakarisme tout cru. Le pire est que ces anciens pestiférés, revenus en grâce, se posent, dans l’espace médiatique, en donneurs de leçons.

Parlons justement de la polémique sur le pétrole et le gaz, à la fois une partie de poker et un puits de mensonges. Le non initié a l’impression que tout le monde dit une chose et son contraire. Les uns mentent, multiplient, comme de jeunes chasseurs de rats des champs, les opérations d’enfumage. Les autres exagèrent, fabulent, mélangent à dessein infos et infox sur les réseaux sociaux. Ceux qui savent se taisent ou ne disent pas tout quand ils parlent. Dans ce groupe, ceux qui sont aux affaires, comme les étoiles de mer, n’hésiteront pas, pour survivre, à laisser un de leurs membres à la meute qui les chasse. Les experts, eux, nous embrouillent avec leurs analyses de grand-places.

Il y en a d’autres qui savent et qui jouent au people. Ils parlent à la Division des investigations criminelle (DIC), le dernier salon où l’on cause à Dakar, en sortent pour en rajouter une couche à la confusion générale. Un procureur général dit, en grande pompe, se saisir du dossier. Il invite quasiment tout le monde à venir témoigner. Et comme nos compatriotes adorent se mêler de ce qui ne les regarde pas et aussi de ce qui les concerne, parler de choses qu’ils ne maîtrisent pas, c’est sûr que la salle d’attente du procureur devrait être encombrée.

Un éminent membre de la société civile a déjà remis un dossier gros comme un camion de paille d’arachide et une petite clé USB après avoir conversé quelque sept heures, rapporte la presse, avec le procureur. Un célèbre architecte l’a précédé ou suivi dans ce bureau. Il se glorifie d’avoir introduit dans la bergerie Sénégal Frank, l’homme du crépuscule, considéré par certains, à tort ou à raison, comme un loup, un prédateur.

Après ces people, on verra peut-être défiler chez le procureur des charretiers, des vendeurs ambulants, des tailleurs, quelques mendiants, Makhouradia Guèye chauffeur de taxi, des griottes à quelques jours de leur vol pour La Mecque, etc. La maîtresse d’un homme marié au bras de l’amant d’une femme dans les liens du mariage, couple sulfureux sorti de son doux enfer, prendra, si Dieu le veut, une porte dérobée pour dire ce qu’il ne sait pas.

Et les marabouts dans tout cela ? Ils prient bien sûr. Le pétrole et le gaz sont des dons de Dieu tout comme le pouvoir, limité dans le temps, du locataire de l’avenue Léopold-Sédar-Senghor, le président Macky Sall. Ils rappellent volontiers que mentir est le pire des péchés pour un musulman. Ce débat sur le pétrole et le gaz est pourtant un puits de mensonges avec un petit baril de vérité tapi tout au fond du trou. Il va falloir pomper dur pour ramener à la surface cette vérité. S’y risquer, c’est se tuer à la tâche.

[[[[ FOOT, LIRE LA CONTRIBUTION DU DR CIRE DIENG SUR LE SENEGAL ET LA CAN ” :L’HISTOIRE DU SÉNÉGAL A LA COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS DE FOOTBALL à l’entrée Blog]] http://psknews.com/le-blog/

En réalité, si tous les protagonistes de la polémique sur le pétrole et le gaz sortent indemnes de cette partie de poker aussi immaculés que le tissu d’un linceul, c’est que la classe dirigeante – la veille accrochée à ses « térangas » (1) et la nouvelle, fût-elle anti-système – a, encore une fois, trouvé ses médiateurs, ses consensus, actionné ses connivences après son dialogue inclusif qui la maintiennent aux affaires ou, dans cinq ans, permettent à d’autres d’y revenir.

Les petites gens, pour leur part, ne verront, encore une fois, que l’écume des vagues au goût de pétrole de la polémique pour les uns et du scandale pour les autres.  Ces Sénégalais ordinaires ne connaîtront probablement jamais les dessous des cartes de ce poker menteur.

(1). Téranga : mot wolof qui peut être traduit ici par privilèges.