AMATH DANSOKHO EST PARTI !

EXTINCTION DE LA FLAMME RÉVOLUTIONNAIRE AU SÉNÉGAL !

Amath Dansonkho aura été  une des figures marquantes de la gauche révolutionnaire des indépendances et des alternances politiques sénégalaises et africaines, des années 2000. Il fut, et restera à jamais, une flamme révolutionnaire tout au long de sa vie de militant, de chef de parti, de rassembleur des organisations politiques, des syndicats, des mouvements citoyens.

Amath Dansonkho, ministre d’État sans portefeuille, sous le règne du Président de la République en exercice, Macky Sall, vient de quitter définitivement le champ politique sénégalais, africain et du monde. Il mérite l’hommage d’un peuple. Il a aimé, défendu  et protégé le peuple sénégalais et les peuples du monde épris de paix et de justice sociale avant les indépendances, et pendant ces dernières longues décennies de lutte pour l’alternance en Afrique. L’ancien Secrétaire général du Parti de l’Indépendance et du Travail aura été une figure politique majeure. Cette disparition d’un amoureux de la justice, de la paix et du bonheur des faibles, des exclus et des damnés de la terre, marque la cassure d’un lien avec une page, celle de l’histoire de la gauche révolutionnaire au Sénégal.

La flamme révolutionnaire éteinte

C’est probablement, à l’extinction de la flamme révolutionnaire que l’on assiste avec le décès de l’un des acteurs majeurs de la lutte pour l’indépendance de son pays et de l’Afrique, pour l’ancrage dans le continent noir de systèmes politiques viables. Jamais dans cette trajectoire mouvementée de la gauche radicale, souvent dramatique pour Amath Dansokho, ses proches, ses camarades, un responsable politique de gauche n’a été si près de la souffrance de son peuple meurtri.

Il savait  parler avec l’éloquence requise, avec le geste, avec la mine, avec l’esprit, du mal Sénégalais, des problèmes, des difficultés et de la misère sociale, économique, culturelle et politique de son pays, du continent africain et de la planète. Il a construit patiemment sa manière de parler du Sénégal aux citoyens, sa personnalité légendaire et son allure de défenseurs des causes justes. Il fut un  militant engagé avec  son style de vie, son discours  franc  tranchant, sans équivoque et une écoute attentive de l’autre et des porte-étendards de la souffrance individuelle et collective. C’est ce lien personnel humain, jovial, amical, fraternel indéfectible qu’Amath  Dansokho a cultivé avec son monde, avec son époque et  avec ses acteurs. Il ne laissait en réalité aucun acteur social indifférent à ses idées, à son soutien ; et surtout à ses alertes sur la gouvernance des Affaires publiques.

Être communiste et panafricain

Amath Dansokho  a su être un  singulier chef de parti. Par son   intelligence du lien humain, par son esprit d’ouverture à la contradiction et aux divergences, il a conduit les destinées d’une formation de la  gauche révolutionnaire avant-gardiste, le PIT. Il a su adapter son discours politique aux contextes tout en restant constant sur les fondamentaux de la gauche révolutionnaire.  Amath  Dansokoh aura été  un fédérateur dynamique de son parti,  des luttes politiques, syndicales et sociales nationales, africaines et mondiales au cours de ses trois à quatre dernières décennies de vie. Il a participé ainsi à deux alternances politiques victorieuses  au Sénégal. Il a également participé aux luttes pour l’indépendance de certains pays africains et à des processus politiques ayant conduit à des changements de régime en Afrique et dans le reste du monde.

Cet homme politique sénégalais, est et restera un panafricain de gauche et un internationaliste dans l’âme. Il a incarné la posture du  communiste dans l’esprit et dans l’action pendant des décennies et des décennies. La trajectoire politique de cet homme simple, modeste, intelligent, ouvert à l’autre, ne cherchant guère le pouvoir pour ses besoins personnels, partisans ou familiaux, ne peut se comprendre sans le relier fortement à cette forte conviction idéologique inébranlable. Il a voulu un autre monde que celui du capitalisme.  Cette conviction l’a fabriqué, l’a nourri et lui a permis de tisser un idéal de vie, des liens fraternels avec tous ceux qui combattaient l’injustice sociale, les inégalités et  la gouvernance arbitraire.

L’héritage de Dansokho

Cet engagement personnel au service  du peuple, des faibles et des dominés marquera la vie de cet homme de gauche. Il n’était pas de la gauche incendiaire ou de la gauche petite-bourgeoise. Il n’était pas de  la gauche impuissante à comprendre les mutations de la société sénégalaise contemporaine et de l’humanité. Bien au contraire ! Il fut un homme de gauche par conviction par son idéal, toujours capable de faire l’effort vers l’unité la plus large des partisans du changement et de l’amélioration des conditions de vie de son peuple.

Il a fait du Pit un parti d’avant-garde en mesure de lire les contextes historiques, de comprendre les enjeux politiques, de les interpréter et de prévoir, par des analyses lucides, objectives, le futur en mouvement et les priorités du moment dans un rapport de force toujours précaire et fluctuant. Il laisse ainsi à son parti, à sa famille politique de la gauche révolutionnaire, à tous les panafricains, et à ce qui reste encore des communistes, un important héritage politique. Amath Dansokho  servira peut-être  aux générations prochaines de modèle de militant, de responsable politique engagé  au service de la justice sociale et de la citoyenneté.

Mamadou Sy Albert