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Pape samba ...

DU POLITICIEN À SABARU JINNE

Un parcours étonnant

Pape Samba Kane est un artiste qui n’a pas fini d’étonner son entourage sur sa réelle dimension intellectuelle et sa profonde humilité. Entre l’adolescent précoce que j’ai connu dans les années 1970 à la Médina et l’écrivain qu’il est devenu, c’est l’émule qui s’est mué en maître à force de travail. Nous étions un groupe de jeunes gens d’âges différents qui avions quitté l’école pour parfaire notre formation, non pas dans la rue seulement, comme le veut une certaine approche romantique, mais avec les livres. Situation que je résume par une formule que Pape aime bien d’ailleurs, « Nous avions quitté l’école, mais avions emmené les livres avec nous »
En ces années-là, c’est un touche à tout qui joue de la flûte, peint de petites gouaches, écrit scénarios et nouvelles, fait de l’assistanat sur des plateaux de cinéma, réalise quelques bouts de films amateur, s’essaye à la photographie avant d’aborder le journalisme avec le bonheur que l’on sait… Pape Samba Kane ne se doute pas, en ces débuts des années 80, quand il gravit pour la première fois les marches de l’immeuble vétuste de la rue Tolbiac qui abrite les locaux exigus du journal satirique « Le Politicien », de Mame Less Dia, qu’il allait au-devant de lourdes responsabilités. D’abord, ses poèmes et notes diverses, contenus dans son sac, allaient y céder la place à ses premiers papiers sur des faits divers écrits pour le compte du journal de « Grand Less » ; avant qu’il ne soit promu coordonnateur de la rédaction. Une réelle incitation au travail – : « Depuis le jour où l’on m’a tendu la perche au « Politicien », confessera-t-il un jour, je ne l’ai plus lâchée ».

Et c’est sans doute là que, sous la férule bienveillante de ses maîtres de la satire, il fourbit ses armes d’humoriste, art difficile et précieux qui ne le quittera plus. Bientôt, le reporter PSK ne tardera pas à relever d’autres défis en s’exerçant à la critique d’art, à diverses chroniques et billets, puis à l’analyse politique. Ensuite viendra l’aventure du Cafard Libéré où il se révélera comme maître de la satire, en donnant à un genre difficile, le portait, écrira Mame Less Camara, préfacier de son recueil Mémoire Corrective « ce que l’on pourrait appeler, en toute rigueur, ses lettres de noblesse ».
Tout cela je le savais, et mesurais parfaitement le chemin qu’il avait parcouru, mais je ne m’attendais pas de sa part à une production littéraire égale en qualité à celle que Pape nous a proposée, ces quinze dernières années et dont ce roman « Sabaru Jinne : Les tam-tams du diable » est comme un aboutissement, en même temps qu’elle annonce peut-être une certaine rupture.
Après la parution de son dernier livre avant Sabaru Jinne, sur « Les pages sombres de la presse », en 2009, Pape s’était enfermé dans un silence qui en disait long sur son dépit. Il le nourrissait surtout vis-à-vis d’une partie de la presse sénégalaise à qui cet essai était destinée ; et qui, selon lui, n’avait pas saisi la portée ni les enjeux véritables d’un tel ouvrage… Et il s’en était ouvert à moi.
L’écrivain s’était tout de même remis au travail, m’expliquant au téléphone, chaque fois que l’occasion se présentait, qu’il s’était attelé à « un chantier d’écriture » qui lui prenait beaucoup de temps. Je savais alors que Pape mijotait quelque chose. Jusqu’au jour où, quelque part dans une rue de la Médina, à l’intérieur de sa voiture, il me dévoile son projet, une fiction inspirée d’un fait connu de nous tous dans ce quartier où nous avons grandi. Lequel d’entre nous n’a passé une nuit à traquer, suivant la direction du vent qui les portait, les échos à la fois lointains et proches d’une séance nocturne de sabar – Mbapatt ou Tanebeer– ponctuée par la clameur et les ovations si caractéristiques qui les gonflent, ajoutant davantage de mystère au phénomène.
L’idée de « Sabaru Jinne » serait-elle née de l’inspiration du poète, du cinéaste où même du critique ?, car Pape est tout cela à la fois… A l’instar de Charles Baudelaire, écrivain, poète, critique littéraire à qui il voue une sorte de culte, un véritable maître à penser littéraire pour lui, PSK a opté, lui aussi, pour une approche critique pluridisciplinaire en littérature. Dès les premières pages de « Sabaru Jinne », il nous explique, comment parti pour faire de la poésie, il en était arrivé à philosopher. Cette mutation suffit pour justifier, à elle seule, cette alchimie de références artistiques et philosophiques que l’on peut noter dans cet ouvrage.
PSK signe pour sa première grande fiction, un roman à tiroirs multiples que l’auteur mature qu’il est déjà peut ouvrir et fermer à sa guise. Ce mouvement d’aller-retour, de détours, de demi-tours et de changements de direction est le passage obligé pour effectuer le parcours initiatique qui mène au cœur d’un labyrinthe symbolique représenté comme un chemin de sagesse. «Sabaru Jinne » est une œuvre lumineuse, sensuelle, magique qui projette le lecteur dans un tourbillon de sensations étranges et d’effets hallucinants ; un texte souple et vibrant sous la plume vive et alerte d’un chroniqueur éclairé. Une écriture limpide !

Par THIERNO AMATH MBENGUE