4ème ÉDITORIAL  

LES TEXTES ET LES HOMMES Le Conseil d’administration de l’Ipres, conscient de ses prérogatives, a résisté à l’incursion du président de la République  dans ses compétences et fait annuler le décret présidentiel – les textes, sur lesquels je ne m’arrêterai pas, lui font obligation de s’en référer au Conseil -portant nomination d’un directeur général pour l’Institution de Prévoyance Retraite.

      Disons-le autrement, avant de tirer les leçons de cet événement qui n’est anodin qu’en apparence : les membres du Conseil d’administration ont résisté à l’incursion, etc. (…).

      Les membres du Conseil d’administration de cette institution sont des hommes, des Sénégalais donc. Or, nous sommes réputés calculateurs, surtout quand nous occupons des positions privilégiées, faisant très attention à ne pas heurter le pouvoir exécutif, principalement son chef, le président de la République, quasiment roi depuis l’avènement de notre État républicain. Quelle leçon tirer de cette rebuffade des membres du C.A. de l’Ipres – sans s’arrêter aux intérêts particuliers des uns et des autres – ? Seulement que les institutions sont ce que les hommes qui les occupent en font ; sinon leurs contenus formels ne sont que de belles phrases sur du beau papier glacé (le journal officiel).

      En tout cas, à  l’Assemblée nationale en premier – parce ces gens sont quand même des élus du peuple- nos députés devraient s’inspirer de cette rafraîchissante manifestation de l’équilibre des pouvoirs, dont nous avons tant besoin – que cela vienne d’une institution que l’on pourrait qualifier de secondaire ne minore en rien la portée du geste des administrateurs de l’Ipres !

Après ces honorables députés, devraient suivre toutes les autres institutions auxquelles nos lois offrent la prérogative de  s’opposer en toute légalité (courtoisement, mais fermement, comme dans le cas qui nous occupe), au pouvoir exécutif, presque naturellement tentaculaire. Pourquoi s’en priverait-il quand tout le monde lui dit ou lui suggère, à tout bout de champ, qu’il peut tout faire ; y compris les institutions et hommes dont les rôles sont de nier cette hérésie républicaine qui voudrait que quiconque puisse faire ce qui lui plaît dans ce pays où l’on vote depuis je ne sais plus quand ! C’est cette ambiance courtisane délétère qui endort nos exécutifs depuis l’indépendance, et qui les distrait de cette tâche essentielle, qui leur incombe aussi, de veiller à l’équilibre des pouvoirs. Qu’on les pousse à s’en souvenir de temps en temps comme l’ont fait les membres du Conseil d’administration de l’Ipres – tout le monde aura vu que le président de la République ne s’est pas engagé dans l’épreuve de force.

Or, on lui a juste – certes fermement – rappelé les dispositions légales !