40ème jour de deuil : Issa Cissokho : Le grand maître des anches nous manquera

ADIEU MAESTRO !                                                                   

Par BICAISE DIOP la perte de ce grand maître du saxophone ténor a suscité émoi et tristesse dans la communauté des mélomanes et musiciens du Sénégal. Par sa virtuosité maîtrisée et ses improvisations, Issa Cissokh avait illuminé les grandes scènes grâce au timbre reconnaissable de son instrument qui brillait dans tous les répertoires. Le ténor, il l’a pratiqué plus de cinquante ans durant, le talent chevillé à l’instrument, au point de faire corps avec lui. Coïncidence et certainement clin d’œil de l’Histoire, qui sait être espiègle – peut-être l’est-elle, en l’occurrence, pour mieux restituer Issa à notre mémoire – en ce 5 mai, quarantième jour de son rappel à Dieu, le Baobab fait le bonheur de nombreux mélomanes à paris. Nous reviendrons sur cet événement que son ombre a survolé

Rendre hommage à Issa Cissokho, c’est célébrer ses qualités musicales uniques au sein de l’Orquesta Baobab dont il fut, pendant de longues années, le chef d’orchestre, quoiqu’il n’en est pas, à proprement parler, un membre fondateur, comme cela a été beaucoup dit dans la presse. Il avait rejoint ses partenaires quelques mois après la création de l’orchestre le 22 février 1970. Il y côtoie les doyens Sidate Ly à la guitare et Baraud Ndiaye qu’il seconde au ténor avant d’en être le leader incontesté. Au fil des ans, Issa va conserver les qualités d’un vibrato et de timbre coloré qui l’ont suivi comme une ombre dans toutes ses pérégrinations artistiques. Sur scène il fut un interprète avisé. Luron, mais surtout improvisateur inspiré dans l’orchestre dont la réputation fut établie par un métissage du folklore sénégalais avec un répertoire aux inclinaisons mélodiques bien cubaines. La dissolution du baobab, quinze ans durant, n’altéra en rien sa créativité et ses chorus parfumés de soul, lui qui avait déjà cheminé avec Labbah Sosseh, le Star band, avant de rejoindre le groupe de Youssou Ndour. Le baobab va renaître de ses cendres en 2002, l’occasion pour lui de retrouver ses potes et de fasciner de nouveaux publics, dont le tourneur anglais Nick Gold qui les fait voyager à travers le monde. Il crée l’attraction partout avec un jeu flamboyant au sein de sa formation qui propose un creuset musical aux origines multiples, mais fructueuses. Les anches n’ont point de secret, car il est à l’aise au ténor comme à l’alto dans des performances saisissantes. Le regarder jouer procure un merveilleux moment d’écoute.

Un cycle de parcours musical abouti

Malgré les rides qu’une vie entièrement consacrée à la musique lui avait données, Issa Cissokho avait su garder le souffle qu’il savait mettre à profit dans des réparties mélodiques bien ciselées, estampillées dans un répertoire foisonnant de belles sonorités. Le ténor combiné à la section rythmique imprimait à la musique du Baobab un son unique : le son identitaire de l’Orquesta Baobab que l’on ne trouve nulle part ailleurs. L’artiste est parti. Il reste un grand virtuose, un ténor majestueux qui a ébloui tout l’univers de la musique de variétés.

Bicaise Diop