DIEU AIME LES ENDURANTS 

Massalikul Jinaan (Itinéraires des Paradis) ! Les deux mots sont sur toutes les lèvres. A juste titre. C’est à la fois le nom d’une mosquée ; l’affirmation de la foi et de la puissance d’une communauté religieuse au cœur de la capitale sénégalaise. C’est aussi un superbe lieu de dévotion qui ne devrait pas tarder, dit-on, à être le prétexte d’un tourisme religieux lucratif. Tout ça a été dit, mille fois dit par de doctes personnages, par des disciples aux anges et par, bien sûr, des politiques. Ce pays étant ce qu’il est, ils sont tous accourus. Pour être vus, entendus, prier, tirer ostensiblement sur un chapelet. Ces politiciens ont fait ce qu’ils savent faire le mieux. Qui peut le leur reprocher ?

Deux figures emblématiques de leur « confrérie » se sont même réconciliés, un vendredi, au sein de l’édifice qui venait d’être inauguré. L’un est un khalife (laïc) en exercice ; l’autre l’a été. Le second est le guide du premier en politique. Entre eux, il y a le bien-aimé fils du second, exilé dans une oasis là-bas au Qatar. Les religieux qui les ont réunis ont fait leur job selon les recommandations divines : appeler au calme, au pardon, à la réconciliation, au respect mutuel, etc. Chez les politiques, les sourires étaient de circonstance et les gestes un peu empruntés devant des fidèles en transe pour certains. Mais bon, le bon peuple a aimé les images et, surtout, l’image d’un fils raccompagnant son père chez lui après une brouille.

Les Sénégalais aiment les histoires qui leur réservent des happy ends et, plus encore, ils abhorrent les conflits de personnes sans fin. Leur mémoire peut être bien courte, parfois. Ils savent tout pardonner aux hommes et femmes célèbres jusqu’à casser leur tirelire pour les sortir de prison. Le plus important pour eux est que le fil du dialogue est renoué. D’aussi belles retrouvailles sont à saluer, à célébrer. Les chemins des Paradis sont ouverts à tout le monde. Y compris à Karim Wade et Khalifa Sall. L’un goûte la solitude de l’exil et l’autre le silence de la prison de Rebeuss jusqu’à dimanche dernier. Les politiques – le fils et le père avec leurs alliés et conseillers, les avocats – nous diront un jour, un de ces jours, que les prières de Moussàlikul Jinaan ont été exaucées, le peuple écouté, l’intérêt du pays tenu en compte, la paix sociale préservée, etc.

« Allah aime les endurants », dit le Coran. En arabe, Al Karim, c’est Allah Le Généreux. Les groupies de la génération du concret en savent quelque chose. Al Khalifa est le successeur. C’est le rêve secret des khalifistes. Khalifa Sall a été élargi suite à une grâce par décret présidentiel. Karim en a déjà bénéficié et attend, dit-on, d’être rejugé à la place d’une amnistie. Qui sait ? Les voies du Seigneur (et aussi du dialogue national) sont insondables !

Khalifa et Karim absous, réhabilités, tout de blanc vêtus, feront peut-être, un de ces jours, côte à côte, deux prières surérogatoires à Moussàlikul Jinaan. Pour rendre grâce à Dieu et aux miracles de la politique au Sénégal. Un héraut se chargera, bien sûr, une fois la clameur apaisée, de faire de tout cela un texte hagiographique avec son lot de merveilleux et de miracles et qui, très rapidement, forcera les portes de l’Histoire générale du Sénégal. Une histoire bien sénégalaise est en marche sans les petites gens. Commandez dès maintenant un exemplaire pour ne rien rater. Dieu aime les prévoyants.                                                                                                             Gnada et Amat