L’ÉTAT LIBÉRAL ET LES AFFAIRES PRIVÉES : LA GRANDE COMPLEXITÉ

 La seconde alternance n’a point échappé à cette série inscrite au cœur de la trajectoire mouvementée du climat délétère des scandales financiers et politiques depuis l’entrée du pays dans la logique infernale de la mondialisation de l’économie et du marché globalisé.

Le premier Président de la République, Léopold Sédar Senghor avait senti  souffler le vent et les effets de la mondialisation sur la gouvernance au Sénégal et en Afrique. Il dénoncé sous des formes variées  et fermes la détérioration des termes de l’échange entre le Nord et le Sud.

Il n’a cessé de revendiquer sous le toit des Nations unies et de la Francophonie, le respect de la diversité culturelle et de l’indépendance des peuples épris de paix et de justice sociale.

Senghor et les termes de l’échange inégal

L’ouverture au monde que le Président-poète prônera sera une Civilisation de l’Universel donnant la place à un  partage de valeurs culturelles et un partenariat politique, économique dans un esprit d’égale dignité et de fraternité.

Le socialiste savait  profondément les conséquences ultimes du vent du libre- échange soufflant sur la planète. Dès son départ de la scène internationale conquise par la mondialisation globalisante, le continent noir perdra l’une de ses figures emblématiques de la lutte contre l’hégémonie sans précédent  de la pensée libérale.

Le Sénégal sera d’ailleurs l’un des premiers pionniers au monde à entrer dans la dynamique du marché international et de l’ouverture aux lois et règles de fonctionnement de l’ouverture de ses frontières et de son marché. Il  ouvrira toutes ses frontières : terre, mer, air au commerce international.

 L’Ajustement structurel  au Sénégal courant toute la période allant de 1979 à 2000, constitue un repère de ce basculement  définitif du pays de Senghor dans la logique infernale de l’économie mondialisée.

Les effets monstrueux de l’Ajustement

C’est le Moins d’États. Cette ère nouvelle tant chantée aura des conséquences graves et néfastes sur l’État. L’économie sénégalaise sera rudement mise à l’épreuve de plans  sectoriels peu soucieux des effets catastrophiques sur la faillite de l’État central et les services sociaux de base.

L’avenir de la jeunesse et des populations sera laissé en rade par l’Ajustement structurel. Les premiers scandales politiques et financiers voient le jour. La bonne gouvernance et l’État de droit ne parviendront guère à éradiquer ni la pauvreté ni les détournements des deniers publics.

Les bailleurs de fonds seront les premiers à admettre du bout des lèvres l’échec des politiques publiques. Pourtant, l’opposition libérale et ses alliés qui ont dénoncé l’Ajustement  et le Parti- État, pendant près de deux décennies, vont inscrire la gouvernance de l’alternance politique  dans la dynamique du libéralisme et du marché.

En dépit des efforts consentis par le pouvoir libéral en matière d’accès aux  services sociaux de base, que sont, l’éducation, la santé, le transport et l’amélioration de l’économie, l’alternance politique ne fera guère mieux que les socialistes dans le domaine de la transformation de l’économie et l’accès des entreprises sénégalaises au marché international.

L’Ajustement ouvre le marché

Bien au contraire. Le Sénégal va plutôt subir davantage la domination sans précédent du marché international, de groupes privés internationaux dans ses secteurs stratégiques. Les Télécommunications, l’électricité, l’agriculture- business, l’accaparement des terres les plus fertiles, l’internet constituent des secteurs d’activités phares. Ils sont sous le contrôle de multinationales. L’Ajustement aura ainsi  ouvert le chemin  aux puissances du marché, à des opérateurs privés internationaux à la recherche de marchés porteurs de croissance et de rentabilité économique.

Les secteurs stratégiques sous le contrôle du privé international

La seconde alternance croyait certainement être à l’abri des effets de la mondialisation et du marché globalisé. Elle est aujourd’hui rattrapée par les contrats pétroliers et gaziers.

La controverse actuelle  à propos  des contrats pétroliers, gaziers et miniers liant le Sénégal à ses partenaires techniques et financiers met la seconde alternance à l’épreuve de la logique complexe du marché globalisé et de la mondialisation.

Les multinationales du pétrole et du gaz ont mis la main de manière légale et naturellement sur un secteur stratégique pour ne pas dire de souveraineté nationale.

La souveraineté est une exigence

Il faudra certes éclairer l’opinion au sujet de la relation controversée entre le Sénégal et Frank Timis. Au-delà de cette dimension juridique et de gouvernance des biens publics, le Sénégal doit se rendre à l’évidence. Le marché globalisé est un piège redoutable pour tous les pays faibles économiquement. Ce que les Américains refusant aux chinois est exactement ce que les Européens refusent pour les Américains. Les Africains ne peuvent pas exiger moins que les Américains et les Européens.

Les ressources de l’Afrique sont pillées depuis des siècles et des siècles sous le sceau de l’ouverture du marché aux plus puissants. C’est le moment  pour les Africains de reprendre l’initiative historique.

La richesse  africaine et son avenir ne peuvent  être entre les mains de partenaires techniques et financiers à la recherche de profits. Ils ne développeront  jamais ni le Sénégal ni l’Afrique.

Mamadou Sy Albert